Etats-Unis : cinq questions sur les morts liées à la cigarette électronique

Une femme fume une cigarette électronique, à Miami, en Floride (Etats-Unis), le 20 février 2014. 
Une femme fume une cigarette électronique, à Miami, en Floride (Etats-Unis), le 20 février 2014.  (JOE RAEDLE / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP)

L'épidémie de maladies pulmonaires liées à la consommation de cigarettes électroniques aux Etats-Unis ne faiblit pas, le bilan passant à 18 morts et 1 080 malades.

Depuis le mois de juillet 2019, un dangereux syndrome lié à l'utilisation de cigarettes électroniques frappe les Etats-Unis. En tout, 18 personnes sont mortes et 1 080 ont été atteintes d'une mystérieuse maladie respiratoire, selon le Centre de contrôle et de prévention des maladies (CDC, lien en anglais), jeudi 3 octobre.

En une semaine, le CDC recense six nouveaux décès et 275 nouveaux cas. La moitié des nouveaux malades répertoriés correspond à des cas anciens, qui n'avaient pas encore été reconnus comme tels, et l'autre moitié à des personnes hospitalisées ces deux dernières semaines.

Tous les patients examinés, majoritairement des hommes de moins de 35 ans, selon le CDC, ont en commun l'utilisation de la cigarette électronique. Les cigarettes électroniques sont-elles vraiment nocives ? Éléments de réponse.

1Quels sont les symptômes identifiés ?

Selon le CDC, les patients souffrent généralement de toux, de douleurs thoraciques ou d'essoufflement, avant que leur santé ne se détériore au point qu'ils doivent être hospitalisés. Parmi les autres symptômes signalés : nausées, vomissements, diarrhée, fatigue, fièvre et perte de poids, note le Washington Post (en anglais).

De nombreuses victimes ont également été atteintes d'un syndrome de détresse respiratoire aiguë, maladie potentiellement mortelle, dans laquelle des liquides s'accumulent dans les poumons et empêchent l'oxygène dont le corps a besoin de circuler dans le sang.

2Les causes des décès sont-elles toujours les mêmes ?

Non, et c'est bien ce qui interpelle les autorités sanitaires. L'analyse des lésions pulmonaires des patients ne donne pas les mêmes résultats selon les régions. Une étude de 17 patients par des médecins (en anglais) du réseau hospitalier Mayo Clinic, dans le Minnesota, publiée mercredi 2 octobre, a mis en évidence des lésions similaires à ce que produit une exposition à des gaz toxiques sur les poumons, comme des brûlures chimiques.

Mais une autre étude, menée sur cinq patients en Caroline du Nord, a montré à l'inverse des lésions de type pneumonie lipidique, ce qui se produit quand des huiles pénètrent les poumons.

3Quelle est l'origine de ce mal mystérieux ?

C'est toute la question et les réponses ne sont encore que partielles. La piste la plus sérieuse concerne les produits chimiques qui composent les liquides brûlés dans les cigarettes électroniques. 

Pour le département de santé de l'État de New York, cette mystérieuse maladie pourrait plus précisément être liée à des produits illégaux contenant de la marijuana. La plupart des personnes impliquées utilisaient en effet des produits contenant du THC (l'agent psychoactif du cannabis), ou à la fois des produits contenant du THC et des produits contenant de la nicotine. Selon l'étude des cas déclarés, 78% des malades pour lesquels des informations sont disponibles ont indiqué avoir consommé des recharges de cigarettes électroniques au THC. "Le marché noir nous préoccupe beaucoup", a déclaré Anne Schuchat, directrice adjointe des CDC, lors d'une conférence téléphonique avec la presse, jeudi.

Autre indice : après des tests en laboratoire, "des taux très hauts d'acétate de vitamine E" ont été observés, dans "quasiment tous les échantillons de produits qui contenaient de cannabis". Ce produit chimique dérivé de la vitamine sert d'agent épaississant. Ce composant n'a pas été retrouvé dans les autres produits autorisés officiellement à la vente par l’États de New York, ni ceux à base de nicotine, rapporte Numerama.

4Quels sont les produits soupçonnés ?

L'Agence fédérale de contrôle des produits alimentaires et médicaments (FDA) a recueilli plus de 440 échantillons de produits de vapotage provenant de 18 Etats américains pour les analyser. "Les échantillons montrent un mélange de résultats et aucune substance n'a été identifiée dans les échantillons testés", selon l'agence.

De son côté, le CDC a tout de même identifié un certain nombre de marques comme "largement contrefaites", affirmant que les distributeurs utilisent des emballages faciles à acheter en ligne, pour "commercialiser des cartouches contenant du THC, sans production ou distribution centralisée évidente", selon un rapport de l'agence, relayé par le Washington Post (en anglais).

Il s'agit donc de produits illégaux, vendus en ligne ou au marché noir, et qui contiendraient cet acétate de vitamine E, qui, une fois brûlé et évaporé pourrait provoquer ces symptômes. Le département de la santé de l'Etat de New York a partagé un lien vers des images de certains produits vendus en ligne et soupçonnés d'être en cause dans ces problèmes respiratoires.

NYSDOH Announces Update on Investigation into Vaping-Associated Pulmonary Illnesses

5Comment répondent les autorités ?

Par précaution, et faute de comprendre avec certitude ce qui provoque ces morts, les autorités déconseillent officiellement le vapotage, surtout s'il s'agit de produits au cannabis et achetés sous le manteau. Plusieurs Etats et villes ont même décidé d'interdire soit la totalité des e-cigarettes (Massachusetts, SanFrancisco…), soit les produits aromatisés à autre chose qu'au tabac. Le motif avancé pour justifier ces interdictions est la protection des jeunes, principales cibles des sociétés qui commercialisent des cigarettes électroniques.

L'Inde a également pris la décision d'interdire la production, l'import, l'export, le transport, le stockage et la vente de cigarettes électroniques.

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