"Cela va être compliqué" : au Canada, une légalisation du cannabis en ordre dispersé

Le Canada est devenu, mercredi 17 octobre 2018, le premier pays du G20 à légaliser le cannabis récréatif.
Le Canada est devenu, mercredi 17 octobre 2018, le premier pays du G20 à légaliser le cannabis récréatif. (MARTIN OUELLET-DIOTTE / AFP)

Après l'Uruguay en 2013, le Canada est le second pays à autoriser la marijuana récréative. Mais sur place, cette légalisation s'applique diversement en fonction des zones géographiques, créant de la confusion chez les consommateurs.

Au Canada, le cannabis récréatif est désormais officiellement en vente libre. Le dispensaire de cannabis de Nora, à Ottawa, à l'ouest de Montréal, avait pignon sur rue. Avec la nouvelle loi, la gérante devra désormais obtenir une licence. D’ici là, ses clients peuvent se ravitailler sur un site internet mis en place par les autorités. Ce n'est pas l’idéal pour ceux qui veulent rester discrets, qui "ne veulent pas acheter en ligne" ou qui "ne veulent pas utiliser leur carte bleue pour ça", explique Nora. Selon elle, beaucoup de clients lui disent qu'"ils vont retourner dans la rue".

La loi varie d'une province à l'autre

Ce n’est qu’un problème parmi d’autres. Âge légal de consommation, possibilité de fumer dans les lieux publics, tout cela relève des territoires d'où l'impression d'un joyeux casse-tête. À chaque province ses règles, et parfois au sein même d’une seule ville, comme c'est le cas à Montréal. "Si tu vas à quatre blocs d'ici, dans un autre arrondissement, où le maire ne permet pas de fumer du cannabis dans la rue alors que le maire de Montréal l'autorise, cela va être compliqué", estime Hans Vargas. Le patron de Pharma Cann, une clinique thérapeutique, prédit "qu'il va y avoir beaucoup de travail pour la police".

Par ailleurs, l’âge légal de consommation est fixé à 19 ans dans l’Ontario, alors qu'il est à 18 ans dans la province voisine de Québec, où de prochaines élections pourraient faire passer la limite à 21 ans. Une situation cocasse en perspective pour ceux qui habitent à cheval entre les deux provinces. "Cela va créer de la confusion", prévient Shawn Mac. Cet activiste de longue date explique que "des gens vont se faire arrêter pour quelque chose qui n'est pas autorisé par la province alors que le gouvernement fédéral l'autorise".

Cela va nous donner l'occasion de voir quel système est le meilleurL'avocat Eugène Oscapellaà franceinfo

Ce micmac a pourtant bien un sens pour l'avocat Eugène Oscapella : "Cela va donner l'occasion d'expérimenter un peu ce système de gestion du cannabis." Le criminologue croit savoir "qu'il y a d'autres pays qui regardent très attentivement le Canada" et rappelle que son pays est "le premier du G7 à légaliser le cannabis. On a besoin de quelqu'un pour montrer la voie".

Le Canada est le premier vrai leader de ce nouveau marché. Toutefois, il faudra d’abord s’occuper des pénuries de cannabis légal qui sont déjà prévues dans les prochains jours.

Reportage de Loig Loury
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