Fermetures de maternités : "On peut imaginer toutes sortes de situations très dommageables"

Une banderole sur l\'hôpital du Blanc (Indre), en signe de protestion contre la fermeture de la maternité, le 3 novembre 2018.
Une banderole sur l'hôpital du Blanc (Indre), en signe de protestion contre la fermeture de la maternité, le 3 novembre 2018. (GUILLAUME SOUVANT / AFP)

Le nombre de femmes qui vivent à plus de 45 min d’une maternité a doublé en vingt ans, selon une enquête du journal "Le Monde".

En vingt ans, 338 maternités ont fermé en France, soit 40% des établissements. Cette carte de France des maternités est révélée par le journal Le Monde, jeudi 23 mars. Les femmes en âge de procréer sont de plus en plus nombreuses à vivre loin d'une maternité : près de 3,7 millions vivent à plus d'une demi-heure de route, contre moins de 2 millions il y a 20 ans. Par ailleurs, 716 000 femmes sont à plus de 45 minutes d'une maternité.

Ce sont des secteurs de montagnes, mais aussi de nouvelles zones, désertées par les services publics, note Emmanuel Vigneron, auteur de l'étude : "Aux limites des régions, on a beaucoup de zones qui sont désormais très éloignées de la maternité la plus proche."

Des zones très éloignées d'une maternité, on en a dans la Sarthe, dans le centre-ouest, dans le Limousin, dans la Meuse, ce sont toujours les mêmes endroits d'accès difficiles.Emmanuel Vigneronà franceinfo

Bataille de chiffres

Si l'on se fie à la dernière enquête périnatale, réalisée par les services de l'État en 2016, le nombre de femmes à plus de 45 minutes d'une maternité aurait doublé en trois ans. Mais le géographe a repris tous ses calculs : la différence vient en fait du logiciel utilisé pour calculer les distances. "À Arles, il y a une maternité. C'est la plus grande commune de France. Au sud de la commune, au bord de la mer, il y a Beauduc-village. Les calculs aboutissent à dire qu'on est à cet endroit à zéro minute de la maternité. Mais en fait, la maternité d'Arles est à 55 minutes, même si c'est la même commune."

Derrière cette bataille de chiffres, tout le monde s'accorde sur la baisse du nombre de maternités depuis vingt ans. Seulement, la tendance ralentit, rappelle Muriel Barrelet, sous-directrice du service statistique au ministère de la Santé : "Le chiffre a baissé bien plus entre 1997 et 2007, où on a à peu près perdu 240 maternités, qu'entre 2007 et 2017, où 90 maternités ont été fermées."

Des risques accrus pour la santé

Plus de distance à parcourir, c'est plus de risque pour la mère et pour son enfant. C'est ce que défend Édith Buffet, sage-femme membre de l'association pour sauver la maternité de Bernay, dans l'Eure, fermée il y a un mois : "Il faut imaginer le pire. La maman, une nuit d'hiver, de froid voire de neige, elle accouche dans la voiture, vous imaginez la panique. On peut imaginer toutes sortes de situations très très dommageables."

Une inégalité territoriale qui touche des foyers modestes, pas toujours équipés d'une voiture. Les pompiers sont donc de plus en plus sollicités, quitte à transformer l'ambulance en salle d'accouchement de fortune.

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