Un risque de mortalité accru pour les personnes dont le coeur bat trop vite au repos

Un rythme cardiaque élevé au repos et bel et bien corrélé à une augmentation du risque de la mortalité, selon une vaste analyse de la littérature scientifique, publiée ce 23 novembre dans la revue Canadian Medical Association Journal (CMAJ).

Faut-il recommander la mesure et le suivi de notre rythme cardiaque au repos ? Plusieurs travaux publiés ces dernières années[1] suggéraient en effet un lien entre une fréquence cardiaque trop élevée et un risque accru de développer des maladies cardiovasculaires, voire de mort subite. Mais peut-être une fréquence élevée était-elle simplement un symptôme d’une pathologie sous-jacente, et non un facteur de risque, chez un sujet sain, de développer ultérieurement une maladie…

Afin de trancher la question, des chercheurs chinois ont repris le détail de 46 études de grande envergure publiées ces dernières décennies, portant sur un total de 2,1 millions de patients[2].

Cette évaluation montre qu’entre deux personnes dont le rythme cardiaque au repos diffère de 10 battements par minutes (bpm), le risque de décès "toutes causes confondues" est accrue de l’ordre de 9% [3] chez celui dont le rythme est le plus élevé. Elle est du même ordre de grandeur concernant le risque de décès pour maladie cardiovasculaire[4]. Une incertitude persiste néanmoins, dans les deux cas, sur le seuil à partir duquel débute, l’augmentation du risque.

Pour le risque de décès "toutes causes confondues", un risque minimum est observé à 45 bpm. Mais jusqu'à 75 bpm, l’importance de l’augmentation du risque reste mal évaluée ; il est vraisemblable qu’elle soit inférieure à 9% par pallier de 10 bpm. En revanche, au-delà de 75 bpm, ce taux d’accroissement du risque semble indéniable.

Concernant le risque de décès pour maladie cardiovasculaire, l’incertitude est plus grande. En toute rigueur, il est aujourd’hui impossible d’affirmer qu’un rythme au repos de 45 bpm est plus protecteur qu’un rythme 90 bpm, (même si l’on constate une tendance statistique). En revanche, au-delà, l’accroissement recensé n’est pas mis en doute. Les auteurs notent que ce seuil n’a rien d’étonnant, "le seuil caractérisant traditionnellement la tachycardie étant de 90 bpm ou 100 bpm".

Les auteurs soulignent toutefois que certains patients intégrés dans les études bénéficiaient de traitements susceptibles de réduire leur rythme cardiaque. Le seuil et la magnitude du risque pourraient donc être sous-évalués dans ce sous-groupe.

"Globalement, ces résultats ne diffèrent pas après ajustement pour les facteurs de risque traditionnels pour les maladies cardiovasculaires", insistent les auteurs de l’étude. Un rythme cardiaque élevé est donc un facteur de risque indépendant de la mortalité.

La mesure du rythme cardiaque au repos n’est toutefois pas chose aisée, le simple fait d’être ausculté pouvant l’augmenter ! Les auteurs préconisent une mesure du rythme cardiaque durant le sommeil.

Source : Resting heart rate and all-cause and cardiovascular mortality in the general population: a meta-analysis. Dongfeng Zhang et coll. CMAJ, 23 nov. 2015 doi:10.1503/cmaj.150535

 


[1] Voir notamment : Resting heart rate in cardiovascular disease. K.Fox et al. J Am Coll Cardiol (2007) doi:10.1016/j.jacc.2007.04.079

[2] Plus précisément, sur 1,25 million de patients, dont 78.349 décédés "de toutes causes", et sur 848.320 patients, dont 25.800 décédés de maladies cardiovasculaires. Ces patients étaient soit anglo-saxons, soit chinois.

[3] Le sur-risque est estimé entre +7% et +12%, avec une probabilité de 95% que la valeur épidémiologique réelle soit comprise entre ces valeurs.

[4] Le sur-risque est ici estimé entre +6% et +10%, avec une probabilité de 95% que la valeur réelle soit comprise dans cet intervalle.

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