L’essai clinique Biotrial aurait-il dû être autorisé ?

Un document interne à l’ANSM, dévoilé par le quotidien le Figaro, interroge la rigueur des procédures qui ont conduit à autoriser l’essai clinique qui a coûté la vie à l'un des participants en janvier dernier.

Suite au décès d’un participant à l’essai clinique mené à Rennes en janvier 2016 (par l’entreprise Biotrial pour le compte du laboratoire portugais Bial), et à l’hospitalisation de cinq autres participants, l'Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) a mené son enquête. Selon le quotidien Le Figaro, un document confidentiel validé par la directrice de l'évaluation de l’ANSM, Cécile Delval, met en lumière plusieurs faits préoccupants, qui ne figurent pas dans les documents ultérieurement rendus publics par l’agence.

Premier point mis en avant par le quotidien : le document signé par Cécile Delval préciserait que  l'évaluateur clinique [1] avait été alerté sur un effet potentiel du médicament sur le système nerveux central, du fait de lésions observées durant les phases d’expériences sur l’animal. Le document confidentiel constate pourtant que "le rapport d'évaluation clinique n'intègre pas [ces signaux relatifs aux] effets neurologiques observés chez l'animal". Le protocole du laboratoire Bial a en effet été validé par l’ANSM, qui a conclu que "la sécurité des patients est bien assurée dans cette étude".

Deuxième point litigieux du rapport : le fait que des effets secondaires significatifs aient été jugés "non pertinents" par Biotrial. Deux volontaires à qui la molécule était administrée à une dose de 10 mg auraient ainsi développé des troubles de la vision (vision floue, vision double) qui ont persisté entre une heure et deux heures trente. Si ces manifestations n’ont pas été recensées à des dosages supérieurs, ce n’est pas le cas de maux de têtes. Un volontaire de la cohorte "10 mg" aurait en effet expérimenté une céphalée qui a persisté 29 heures, et l’un de la cohorte "20 mg" une céphalée persistant 47 heures. Dans un document récemment rendu public, le comité scientifique spécialisé temporaire (CSST) mandaté par l'ANSM début mars ne fait mention que de "cas de vertiges ou de céphalées peu sévères", sans plus de précisions.

Si le Figaro interroge ici la rigueur des procédures de l’ANSM, il rappelle aussi que les objectifs de l’essai restent toujours flous. Selon un professeur de neurobiologie et de pharmacologie interrogé par le quotidien, "les niveaux d'exposition (dans le sang et les tissus) que [Bial et Biotrial] voulaient atteindre n'ont aucun sens sur la base de la pharmacologie du composé".


[1] L’évaluateur clinique est un membre de l’ANSM qui a pour charge d’évaluer l’efficacité et la sécurité des médicaments en vue de leurs mises à disposition aux patients sur la base des résultats d’essais cliniques et/ou de la littérature scientifique clinique.