Le protocole de l’essai clinique de Rennes était-il suffisamment rigoureux ?

Le quotidien le Figaro a publié le protocole établi par le laboratoire portugais Bial pour tester le médicament qui a causé la mort d’un patient à Rennes mi-janvier. Le journal émet des réserves sur les précautions prévues par les chercheurs.

L’Agence française du médicament (ANSM) renâclait à publier le protocole de l’essai clinique commandé par le laboratoire Bial à la société Biotrial, et qui a coûté la vie à un volontaire à Rennes mi-janvier 2016. Des journalistes ont mis la main sur ce document d’une centaine de page, désormais consultable sur le site du Figaro.

Certaines précautions expérimentales ne sont pas formulées explicitement

L’expérimentation devait se passer en deux temps.

Dans un premier temps, tous les sujets reçoivent une dose unique du médicament. Dans un second temps, des sous-groupes recevaient des doses différentes : 0,25 mg, 1,25 mg, 2,5 mg, 5 mg, 10 mg, 20 mg, 40 mg, et 100 mg. Afin de déterminer la part des effets indésirables dus à la molécule et ceux d’origine psychosomatiques, pour chaque dosage, six sujets recevaient le médicament, et deux autres une gélule d’apparence analogue ne comportant pas la molécule, c’est à dire un placebo.

Le protocole précise que la dose de 100 mg est "la 'dose équivalente pour l’homme' qui correspond à la 'dose sans effet nocif observé' chez le rat."

Pour la première dose (0,25 mg), les participants ne devaient pas recevoir le médicament simultanément. Tout d’abord, deux patients recevaient d’abord respectivement un médicament et un placebo. Les six autres étaient traités 24 heures plus tard. Or, pour les autres doses expérimentées, cette précaution expérimentale n’est pas formulée explicitement.

La persistance de la molécule dans l’organisme a-t-elle été prise en compte

Dans une seconde partie de l’étude, les membres de chaque sous-groupe (chacun correspondant à un dosage) devaient prendre quotidiennement la gélule qui leur était donnée. L’accident aurait eu lieu dans le groupe auquel était administré un dosage de 50 mg quotidien (on ignore pour l’heure si un groupe prenant le dosage de 100 mg a débuté cette partie de l’essai).

Le Figaro note qu’il avait "probablement pris depuis le 7 janvier une dose de 50 mg chaque matin" et était donc susceptible d’avoir une dose de substance active dans l’organisme bien plus élevée que 100 mg, la molécule persistant plusieurs jours dans l’organisme. Le quotidien s’interroge : "la métabolisation de la molécule a-t-elle été suffisamment étudiée en préclinique afin de déterminer s'il n'y a pas eu une accumulation importante qui pourrait avoir des effets secondaires non pas liés à la dose du jour mais au cumul des doses pendant plusieurs jours d'affilée ?"

Les journalistes observent enfin que le patron de la recherche clinique de Bial, José Francisco Rocha, ne semble titulaire que d'un Bachelor of Science, "autrement dit un bac + 3", là où "l'on serait plutôt en droit d'attendre [qu’il soit au moins titulaire d’une] thèse".

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