"Mon médecin considérait qu'une femme de 30 ans devait songer à faire des enfants" : en matière de contraception, les clichés ont la vie dure

Illustration. Différentes méthodes de contraception.
Illustration. Différentes méthodes de contraception. (CHASSENET / BSIP)

L'agence Santé publique France a décidé de remanier son site dédié à la contraception pour aider les femmes à choisir en toute connaissance de cause et pour tordre le cou aux idées reçues. Car dans l'intimité du cabinet, il est encore difficile de faire entendre sa voix.

Il y a quelques années, Delphine raconte s'être rendue chez son gynécologue pour lui demander de lui poser un stérilet. La jeune femme a à l'époque 35 ans : "Il s'y est opposé fermement en m'expliquant que ça endommageait les parois utérines et que ça risquait de me rendre stérile." Ce rendez-vous médical lui est resté en travers de la gorge.

C'est pour éviter ce genre de situations, et aider toutes les femmes à se faire une juste idée du mode de contraception idéal, que Santé publique France a décidé de remanier son site dédié à la contraception. Un nouvel outil de personnalisation doit être dévoilé dans la journée. Une manière aussi de briser quelques idées reçues : on peut par exemple être une jeune fille et demander un implant contraceptif, un stérilet ou un anneau, il n'y a aucune contre-indication médicale. Pourtant, certains médecins se refusent toujours à prescrire ce type de dispositifs à une femme sans enfant.

Certains médecins donnent leur opinion

Au planning familial, la docteure Msika-Razon reçoit presque tous les jours des femmes déstabilisées par des propos d'un autre temps. "Le stérilet ne rend pas stérile. La médecine a changé, la santé a changé mais il y a toujours des praticiens très emprunts de tout ça", détaille-t-elle. "Ils ont du mal à enregistrer les nouvelles recommandations et ont du mal à croire les nouvelles études qui affirment avec certitude qu'il n'y a absolument aucun risque significatif d'augmentation de l'infertilité suite à la pose d'un stérilet chez les femmes nullipares", explique-t-elle.

Les témoignages sont nombreux. Alice n'a pas pu choisir son mode de contraception non plus. Elle a eu le sentiment d'être jugée sur sa vie intime : "J'avais dit à mon médecin que j'étais célibataire et que je n'avais pas envie d'enfants. Je voulais juste prendre la pilule. Elle m'a déconseillée de la prendre."

Elle m'a donné son avis, elle considérait qu'à 30 ans, une femme ne devait pas prendre la pilule mais plutôt songer à faire des enfants.Aliceà franceinfo

Mais des médecins qui imposent à leurs patientes un mode de contraception, c'est mauvais pour tout le monde, estime le docteur Cédric Grouchka, membre de la Haute Autorité de santé. "Les deux tiers des grossesses non-désirées surviennent chez des femmes qui sont sous contraception", explique-t-il. "Ça ne veut absolument pas dire que la contraception n'est pas efficace, mais simplement qu'elle n'est pas adaptée à la personne concernée, à sa vie intime et sexuelle. Et pour qu'elle soit plus adaptée à la personne concernée, il faut que le choix soit commun entre la patiente et la médecin", affirme le médecin.

Le site de Santé publique France, choisirsacontraception.fr, s'adresse aussi bien aux femmes qu'aux médecins. Une bonne chose pour le docteur Grouchka qui rappelle la nécessité de sortir des idées reçues : "On dit que les très jeunes filles doivent commencer par les préservatifs, puis passer à la pilule et après avoir eu des enfants, au stérilet. C'est faux ! Il n'y a rien qui s'impose à la patiente, tout doit être discuté."

Le reportage de France Info
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