Cinq conseils pour que votre ouïe ne casque pas trop à force d'écouter de la musique

Plus de 60% des jeunes interrogés par l\'InVS avouent ne jamais baisser le son dans leur casque pour se protéger les oreilles, même quand ils ont conscience des risques. (Photo d\'illustration)
Plus de 60% des jeunes interrogés par l'InVS avouent ne jamais baisser le son dans leur casque pour se protéger les oreilles, même quand ils ont conscience des risques. (Photo d'illustration) (MATT DUTILE / AFP)

L'Institut de veille sanitaire s'inquiète, dans une étude, du grand nombre de jeunes qui s'exposent à des niveaux sonores élevés et risquent des troubles de l'audition.

Doit-on se préparer à des générations de malentendants ? Dans une étude dévoilée mardi 19 janvier, l'Institut de veille sanitaire (InVS) pointe l'explosion, chez les jeunes de 15 à 35 ans, de l'écoute intensive et fréquente de musique au casque ou avec des écouteurs par tranches d'au moins une heure, plusieurs fois par semaines, et à un volume fort, voire très fort. Une pratique qui a triplé entre 2007 et 2014 et concerne notamment un quart des 15-19 ans, et ce malgré les risques pour l'audition qui vont avec un volume trop élevé. Si beaucoup d'utilisateurs sont conscients des risques que peut présenter l'écoute au casque, il n'est pas toujours facile de connaître les mesures à prendre pour mieux se protéger. Francetv info vous donne quelques conseils.

Conservez un volume raisonnable en tout circonstance

Cela semble évident, et pourtant, plus de 60% des jeunes interrogés par l'InVS expliquent ne jamais baisser le son pour se protéger les oreilles, même s'ils ont conscience du risque. "On sait qu'au-delà de 90 décibels, le son est dangereux", rappelle Jean-Michel Klein, président du syndicat national des ORL. Si vous l'avez acheté en France, votre lecteur MP3 (ou votre téléphone) devrait avoir un volume sonore limité à 100 décibels, et être accompagnés d'un avertissement vous conseillant de ne pas l'utiliser à plein volume.

En temps normal, vous n'avez sans doute pas besoin d'atteindre un tel volume pour entendre votre musique. Mais attention aux environnements bruyants, où vous pourriez être tentés de mettre le son plus fort pour couvrir le bruit ambiant. "Ajouter du bruit au bruit, ce n'est pas bon", avertit Jean-Michel Klein. "Je ne veux pas entendre le métro donc je monte le son, mais l'oreille ne fait pas la différence. Pour elle, les décibels s'accumulent."

Faites des pauses régulières

L'InVS est préoccupée par le volume trop intense du casque de certains jeunes, mais aussi par la fréquence et la durée d'écoute. "Ce n'est pas pour rien, fait remarquer Jean-Michel Klein, que la durée d'exposition maximale au bruit est fixée par le code du travail." En effet, la permanence du son est dangereuse au même titre que son volume. L'ORL recommande de laisser reposer ses oreilles après une période d'écoute intense, de retirer son casque et "se ménager des périodes de son naturel", si possible aussi longue que la durée d'écoute.

Apprenez à connaître les limites de vos propres oreilles

S'il est difficile de fixer des règles précises sur le volume et la durée raisonnable d'écoute au casque, c'est parce que la limite n'est pas la même pour tout le monde. "Vous fier à une limite recommandée universelle" – la plupart des téléphones avertissent quand le volume est très élevé – "n'a pas de valeur" : pour Jean-Michel Klein, il faut connaître la ligne rouge pour vos propres oreilles.

Une notion qui n'est pas toujours évidente à évaluer. "Si vous commencer à mal voir les affiches dans le métro, vous vous dites qu'il faut consulter un ophtalmo", illustre Jean-Michel Klein. Difficile en revanche de savoir si vous entendez plus ou moins mal que votre voisin, explique-t-il. Dans le futur, l'ORL espère qu'il sera possible de tester son ouïe facilement, à l'école ou sur son smartphone, et imagine des écouteurs qui se limitent à un certain volume adapté à leur propriétaire.

En attendant, le professionnel de l'ouïe recommande d'être attentif au seuil "à partir duquel on ressent des désagréments. Le moment où on passe du plaisir au bruit, à quelque chose d'abrutissant". Le volume excessif est souvent celui qui empêche de se concentrer sur autre chose, estime-t-il. Il est aussi important de ne pas prendre de mauvaises habitudes : les jeunes accoutumés à un son trop fort ont plus de mal à changer leurs habitudes, et à distinguer le point limite où les oreilles fatiguent.

Soyez attentifs aux bourdonnements et aux oreilles bouchées

La fatigue auditive, signe que l'on a un peu trop sollicité ses oreilles, se manifeste surtout par "un bourdonnement grave, qui fait une sorte de bruit de fond, comme celui d'un frigidaire", et par "la sensation d'avoir l'oreille bouchée", ce qu'on appelle aussi parfois les oreilles cotonneuses, explique Jean-Michel Klein. "Voilà ce qui doit vous mettre en alerte", estime-t-il. Mieux vaut se ménager et, si cela persiste, consulter un ORL. Si ces symptômes finissent en général par s'effacer, "il y a toujours une perte", et il est impossible de récupérer l'audition perdue, même si la science travaille à des solutions.

Laissez de l'espace entre votre casque et vos oreilles

Le son est une vibration, qui exerce une pression sur le tympan. Au-delà du volume sonore, le volume dans lequel le son est émis a aussi son importance. Dans une pièce, le son se disperse et la pression se répartit. Elle est beaucoup plus violente dans les quelques centimètres cubes d'espace entre l'oreille et le casque ou l'écouteur.

Pour cette raison, Jean-Michel Klein conseille d'utiliser des casques ou des écouteurs qui laissent s'échapper du son, "comme une soupape". Les casques qui couvrent entièrement l'oreille et les écouteurs que l'on enfonce dans son oreille sont plus efficaces pour vous couper du monde, mais ils exercent aussi une pression acoustique plus dangereuse.