Cerveau : faut-il inventer la pilule miracle qui décuplera nos capacités ?

De nombreux films exploitent le mythe selon lequel nous n\'utiliserions qu\'une petite partie des capacités de notre cerveau.
De nombreux films exploitent le mythe selon lequel nous n'utiliserions qu'une petite partie des capacités de notre cerveau. ( AFP )

Dans le nouveau film de Luc Besson, "Lucy", une jeune femme multiplie ses capacités cérébrales après avoir absorbé des comprimés de drogue. Mais un tel produit serait-il bénéfique dans la réalité ?

Que se passerait-il si nous exploitions au maximum notre cerveau ? C'est la question que se pose le nouveau film de Luc Besson, en salle le 6 août. Après avoir ingéré de la drogue, Lucy, l'héroïne, voit toutes ses facultés mentales décuplées. Elle devient capable de faire léviter ses agresseurs, de percevoir des ondes téléphoniques, de déplacer des humains ou des objets à la seule force de son esprit, ou encore de taper sur deux ordinateurs en même temps à la vitesse de la lumière. Pratique…

Et si nous pouvions, comme Lucy, dans un futur proche ou lointain, décupler nos capacités mentales ? Pouvons-nous souhaiter l'existence d'une telle pilule? Francetv info s'est posé la question.

Non, parce que l'on utilise déjà notre cerveau à 100%

Le postulat du film, selon lequel nous n'utiliserions que 10% des capacités de notre cerveau, est complètement faux et relève de la légende urbaine. Nous utilisons bien 100% de notre cerveau ainsi que la totalité de nos neurones. Cependant, nous n'utilisons pas toutes les parties de notre cerveau en même temps. Selon les gestes ou les activités que nous pratiquons, différentes zones du cerveau s’activent.

Pour la lecture, par exemple, les aires consacrées à la vision, au langage et à la compréhension sont sollicitées, alors que les compétences auditives ne sont pas utilisées. "Le seul moment où toutes les zones du cerveau fonctionnent en même temps, c'est lors d'une crise d'épilepsie", explique à francetv info le docteur Bernard Croisile, neurologue aux Hospices civils de Lyon et auteur d'Alzheimer : que savoir, que craindre, qu'espérer ?

Non, parce qu'il est déjà possible d'améliorer nos facultés

N'en déplaise aux fainéants, seul l'effort permet d'améliorer ses capacités mentales. "La peinture, c'est comme le chinois, ça s'apprend", disait ainsi Picasso. "La pilule miracle n'existe pas et il y a peu de chances pour qu'elle existe un jour. Le seul moyen de développer son cerveau, c'est la pratique", insiste le neurologue. Des études ont ainsi montré que les taxis londoniens, après vingt ans de pratique, avaient développé, beaucoup plus que la normale, la zone du cerveau qui permet de retenir les itinéraires. "De la même façon, un calculateur prodige comme Rudy Gargam s'entraîne jusqu'à dix heures par jour", relève le spécialiste.

Plus nous faisons travailler notre cerveau et plus nous acquérons de compétences. Pour le neurologue, "les gens deviennent paresseux et sont dans l'immédiateté, c'est pour cette raison que ce genre de pilule les fait rêver". Et effectivement, Lucy cartonne. Le film a déjà conquis le box-office américain et a récolté près de 44 millions de dollars pour son premier week-end d'exploitation outre-Atlantique.

Non, parce que ce pourrait être dangereux

Vouloir doper ses capacités n'est pas nouveau. Déjà, dans les années 1960, les amphétamines étaient utilisées par les étudiants en période d’examens, et comme dopant par les sportifs de haut niveau. Très dangereuses pour la santé, elles ont été interdites et classées comme substances stupéfiantes dès 1967. "Ces produits permettent de lutter contre la fatigue, rendent plus actif, plus concentré, plus vif, mais le cerveau s'épuise et il y a un effet rebond inévitable et dangereux", analyse Bernard Croisile.

De la même façon, "certains médicaments, comme les bêta-carbolines, peuvent amplifier la mémoire, note le neurologue. Mais ils ne seront pas utilisés sur l'homme." Trop dangereux. Car les tests sur les souris ont montré de graves effets secondaires, comme des crises d'épilepsie. Et "amplifier la mémoire peut aussi faire ressurgir de mauvais souvenirs", souligne Bernard Croisile. Ces produits pourraient ainsi mener à la dépression.

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