Ce qu'il faut retenir de la mort d'une mère après son accouchement à la maternité d'Orthez

La maternité d\'Orthez (Pyrénées-Atlantiques), le 11 septembre 2014.
La maternité d'Orthez (Pyrénées-Atlantiques), le 11 septembre 2014. ( MAXPPP)

L'Agence régionale de santé (ARS) d'Aquitaine s'est déclarée favorable à la fermeture de cette maternité des Pyrénées-Atlantiques, vendredi 3 octobre. Une femme y est décédée après avoir accouché par césarienne.

"S'il n'y a pas de sécurité assurée, il faut que la maternité soit déplacée", a déclaré Yves Darrigrand, le maire d'Orthez (Pyrénées-Atlantiques), sur RTL, vendredi 3 octobre. Une patiente âgée de 28 ans a fait un arrêt cardiaque durant son accouchement par césarienne à la maternité d'Orthez, le 26 septembre. Elle est morte mardi 30 septembre. L'anesthésiste présente lors de l'accouchement, âgée de 45 ans, a été mise en examen pour homicide involontaire aggravé et placée en détention provisoire, jeudi 2 octobre.  

La maternité était déjà menacée de fermeture depuis plusieurs mois, faute de personnel. Ce dramatique accident met en lumière la situation problématique dans laquelle se trouvent certains petits établissements hospitaliers.

Le contexte : une maternité menacée de fermeture

Dès la fin de l'année 2013, la maternité d'Orthez se trouve en difficultés, faute de personnels. L'Agence régionale de santé (Aquitaine) prévoit, au début de l'année 2014, de déplacer le service de maternité d'Orthez à Pau, une cinquantaine de kilomètres plus loin. Le projet est de conserver à Orthez uniquement les suivis pré et post-nataux, rappelle La République des Pyrénées.

Le député PS David Habib saisit la ministre de la Santé, Marisol Touraine. La CGT affirme, de son côté, qu'avec 400 accouchements par an, le service de maternité est viable, rapporte Sud Ouest. Un collectif de défense de la maternité émerge en avril. "On ne veut surtout pas que la maternité disparaisse comme la chirurgie en 2006, dans l'indifférence générale", affirme une soignante citée par La République des Pyrénées. Une manifestation réunit 1 500 personnes dans les rues d'Orthez, le 24 mai. La ministre se prononce en faveur du maintien de la maternité. L'ARS accorde un délai de deux mois pour recruter les deux médecins gynécologues-obstétriciens nécessaires pour le maintien du service, note France 3 Aquitaine.

Une campagne de recrutement est lancée. Des parents publient même une offre d'emploi sur le site de petites annonces Leboncoin.fr. Ces mêmes parents orthéziens font circuler des chaînes de courriels avec l'offre d'emploi. "La maternité d'Orthez se situe entre Bayonne et Pau, où l'on a : l'océan, la montagne, un soleil qui dès qu'il brille nous réchauffe et, surtout, une maternité en or", relaie Sud Ouest. Durant l'été, un gynécologue dépose une candidature avant de la retirer. Coup dur pour le comité de soutien qui poursuit sa mobilisation. Un nouveau délai est accordé jusqu'au 11 octobre.

Les faits : un accident mortel

Un grave accident survient lors d'un accouchement par césarienne, dans la nuit du 26 au 27 septembre. La patiente, d'origine britannique, habitait à Ustaritz, dans le Pays basque, à plus d'une heure et quart de route. Elle avait choisi délibérément d'accoucher à la maternité d'Orthez, révèle RTL. Selon sa sage-femme, contactée par la radio, la patiente souhaitait accoucher de manière naturelle, sans péridurale. C'est pourquoi elle avait opté pour la maternité d'Orthez.

Mais l'accouchement ne se passe pas comme prévu. La patiente est prise en charge dans l'un des blocs opératoires de la clinique privée d'Orthez, loué par l'hôpital, relate La République des PyrénéesVictime d'un arrêt cardiaque, la jeune mère est évacuée à l'hôpital de Pau. Elle meurt le mardi 30 septembre. Son bébé est sauvé. L'ARS décide de transférer tous les accouchements à la maternité de Pau dès le samedi 27 septembre.

Les causes de l'accident se dessinent rapidement. Le problème est survenu quand l'anesthésiste a voulu réanimer la jeune femme. L'intubation a été défaillante. "Le tube relié au respirateur artificiel a été placé dans l'œsophage et non dans la trachée, privant ainsi la jeune maman d'oxygène pendant quinze minutes", explique La République des Pyrénées.

Les suites : la mise en examen d'une anesthésiste 

L'enquête révèle deux séries de manquements, note France 3 Aquitaine. D'une part, "les conditions dans lesquelles l'anesthésie s'est déroulée", a affirmé le procureur de la République de Pau. "L'utilisation des produits anesthésiants et de respiration artificielle semblent non conformes, a-t-il ajouté. D'autre part, le comportement de l'anesthésiste est pointé du doigt. Elle n'était pas "dans son état normal durant l'intervention". L'équipe médicale "a constaté un comportement bizarre, sans savoir à quoi il se rattachait", a indiqué le procureur. "Des difficultés d'expression, de compréhension et des problèmes de réactivité" ont été constatées, selon lui.

L'anesthésiste, une Belge de 45 ans, est convoquée mardi soir par les gendarmes. La médecin s'est présentée avec un taux d'alcool de 2,40 g/l de sang, relate Sud Ouest. Elle a reconnu qu'"en raison d'un état dépressif, elle était depuis plusieurs mois confrontée à des problèmes d'addiction à l'alcool", explique le procureur, Jean-Christophe Muller. Placée en garde à vue, l'anesthésiste a été mise en examen pour homicide involontaire aggravé et placée en détention provisoire, jeudi 2 octobre.

L'anesthésiste avait été récemment recrutée. Elle exerçait, à titre libéral, depuis le 12 septembre dans la clinique privée d'Orthez, voisine de la maternité publique, relaie France 3 Aquitaine. Anesthésiste depuis 1999, elle avait notamment exercé lors de contrats courts en France et en Belgique. Elle avait également effectué des missions humanitaires avec son père, gynécologue, au Bénin, dans le cadre de l'association belge Médecins sans Vacances. Son père a d'ailleurs pris sa défense, mais a refusé de dire si sa fille avait un problème d’alcool régulier, raconte La République des Pyrénées. "Ça ne regarde personne, la vie privée de ma fille (...). Ce qui compte et ce qui intéresse tout le monde, c’est de savoir si le jour de l'anesthésie, elle avait un bilan sanguin normal ou pas normal", a-t-il assuré. "On a fait ensemble des missions humanitaires en Afrique, il n’y a jamais eu de problème d’anesthésie, j’étais chef de service dans cet hôpital alors je sais de quoi je parle", a-t-il ajouté.

Le débat : le problème de la démographie médicale soulevé

Le maire d'Orthez et président du conseil de surveillance de l'hôpital d'Orthez, Yves Darrigrand (divers gauche), se résigne à une fermeture de la maternité. "J'ai toujours plaidé que la proximité est la meilleure des sécurités, mais la situation est telle actuellement que ce n'est plus possible", a-t-il avoué sur RTL. Yves Darrigrand estime que l'hôpital est victime d'un problème de "démographie médicale". Le manque de personnel médical à Orthez est "catastrophique". Pour Yves Darrigrand, c'est la cause du drame survenu samedi dernier. "Il n'y avait pas d'anesthésiste de remplacement et il fallait que ce soit elle qui fasse le boulot. C'est précisément ça la fragilité du système, que je ne veux pas voir se prolonger ni se reproduire", a-t-il expliqué.

"De nombreux secteurs sont en désertification", confirme Hélène Derrien, du comité national de défense des hôpitaux et maternités de proximité, joint par francetv info. "L'accident qui s'est produit à Orthez aurait malheureusement pu se passer ailleurs". "Nous trouvons que c'est odieux sur des cas comme ça, dramatiques, d'avoir un couperet immédiat, et qui n'atteint que les petites structures. Il y a des erreurs dans les CHU, mais on ne les ferme pas pour autant", a ajouté  un membre du collectif, Jean-Luc Landas.

Ce scénario semble se confirmer. L'Agence régionale de santé s'est déclarée favorable à une fermeture de la maternité, vendredi. La décision définitive sera rendue dans quelques jours. Et pour l'heure la fermeture provisoire est maintenue.