Les cancers de la thyroïde ont-ils augmenté à cause de la catastrophe de Tchernobyl ?

Il y a 30 ans, le 26 avril 1986, le réacteur numéro 4 de la centrale de Tchernobyl (Ukraine) explose et prend feu. Pendant dix jours, un nuage radioactif plane au dessus de l'Europe. De l'iode et du césium, des substances cancérigènes pour la thyroïde, sont retrouvés dans l'air et dans les sols. Cette catastrophe a-t-elle provoqué une hausse des cancers de la thyroïde en France ? Selon l'Institut de veille sanitaire (InVS), le lien n'est pas avéré.

Entre 1982 et 2012, le nombre de cancers de la thyroïde a été multiplié par cinq. La coïncidence avec la catastrophe de Tchernobyl est troublante. Mais, selon une étude de l'InVS publiée mardi 26 avril, cette augmentation s'explique d'abord par un meilleur diagnostic. Les tumeurs sont détectées à un stade plus précoce. Selon Dominique Laurier, épidémiologiste et chef de laboratoire à l'Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN), "les méthodes de diagnostic ont énormément varié. On est capable de détecter des nodules thyroïdiens à des tailles beaucoup plus faibles qu'il y a 20-30 ans. Cette augmentation de la fréquence des cancers est due à ces petits nodules qu'on ne pouvait pas détecter il y a quelques dizaines d'années". D'autres facteurs de risque sont suspectés, comme l'exposition croissante aux rayonnements ionisants liés aux scanners ou aux radiographies panoramiques.

Pas plus de cancers de la thyroïde dans l'Est de la France

L'étude souligne aussi qu'il n'y a pas de lien géographique entre la densité des cancers thyroïdiens et celle des déchets nucléaires, retrouvés surtout dans l'Est de la France. Les régions les plus touchées par ce type de cancers sont en effet l'Isère, la Gironde et la Vendée. A l'inverse, le Bas-Rhin et le Haut-Rhin, en première ligne pour le nuage de Tchernobyl, sont moins concernés.

Des doses de radioactivité limitées en France

Et même dans ces régions, les doses seraient selon l'InVS insuffisantes pour provoquer des cancers. Dominique Laurier explique : "En France, la situation est totalement différente de celle de l'Ukraine. Les doses reçues par ceux qui étaient enfants en France en 1986 étaient très faibles. Ce n'est pas une certitude, mais selon les calculs, on ne s'attend pas à ce que cela se traduise ni aujourd'hui, ni dans les années précédentes par une augmentation de la fréquence des cancers de la thyroïde chez ceux qui étaient enfants au moment du passage du nuage radioactif en France".

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