Cancer du sein : quatre questions autour de l'étude "MyPeBS", qui veut améliorer la qualité du dépistage

Une patiente est photographiée avant une mammographie à Marseille, dans les Bouches-du-Rhône, le 9 octobre 2017.
Une patiente est photographiée avant une mammographie à Marseille, dans les Bouches-du-Rhône, le 9 octobre 2017. (ANNE-CHRISTINE POUJOULAT / AFP)

Financée par l'Union européenne et mise en place dans sept pays, "MyPeBS" (pour "My personal breast screening", "mon dépistage personnel du cancer du sein") ambitionne de personnaliser le dépistage pour le rendre plus efficace. Elle a été lancée en France en août.

Un projet ambitieux. Une étude financée par l'Union européenne vise à personnaliser le dépistage du cancer du sein, alors que chaque année, en France, 54 000 femmes découvrent qu'elles en sont atteintes, et que 12 000 en meurent. Intitulé "MyPeBS" (Pour "My personal breast screening", "mon dépistage personnel du cancer du sein"), le projet "recrutera 85 000 femmes résidant en Belgique, France, Israël, Royaume-Uni ou Italie" pour mener à bien l'expérimentation, précise le site dédié. Franceinfo répond à quatre questions qui se posent autour de cette étude d'ampleur.

Pourquoi une telle étude ?

"L'idée est de démontrer que l'on peut faire mieux que le dépistage actuel en proposant un dépistage personnalisé. On a des chances majeures que ça marche", explique à franceinfo Suzette Delaloge, oncologue à l'institut Gustave-Roussy de Villejuif (Val-de-Marne) et coordinatrice de MyPeBS. Le cancer du sein est le cancer le plus répandu, et la deuxième cause de mortalité par cancer chez les femmes des pays occidentaux, rappellent les initiateurs de l'étude. C'est aussi un problème majeur à l'échelle mondiale, avec, en 2012, près de 1,7 million de nouveaux cas diagnostiqués et 521 900 décès dus à un cancer du sein estimés dans le monde.

Or, le dépistage actuel a ses limites. En France, moins de 50% des femmes se prêtent aux mammographies préconisées. Autre inconvénient, selon le site officiel de l'étude, la sensibilité des mammographies réalisées tous les deux ans n'est pas optimale. En outre, environ un quart des cancers survenant chez des femmes régulièrement dépistées sont toujours diagnostiqués au stade 2 (ou plus), et non pas pris au tout début, quand les chances de guérison sont plus fortes.

L'étude va comparer les avantages et les risques des deux stratégies de dépistage : la stratégie actuelle (mammographie pour toutes les femmes à partir d'un certain âge) face à une stratégie basée sur le risque individuel de cancer du sein. Aujourd'hui en France, en dehors de situations très rares, seul l'âge est pris en compte pour inviter les femmes à passer une mammographie de dépistage tous les deux ans, de 50 à 74 ans. Une approche plus fine pourrait s'avérer plus pertinente.

Les objectifs de l'étude ont été relayés le 28 septembre 2018 sur Twitter par l'institut Gustave-Roussy, spécialisé dans la lutte contre le cancer.

Comment se déroule l'étude ?

Les médecins cherchent à recruter 85 000 femmes dans sept pays, dont 20 000 en France. Les participantes seront tirées au sort et réparties en deux groupes : le premier va être soumis au dépistage habituel, le second se verra proposer un parcours individualisé. La fréquence de leur dépistage sera alors adaptée à leur niveau de risque de développer un cancer du sein dans les cinq ans.

Trois niveaux sont distingués : le niveau faible (risque de moins de 1% de développer un cancer du sein dans les cinq ans), le niveau moyen (risque de 3%) et le niveau élevé (risque de 6 %). Ce risque est calculé en fonction de l'âge, des antécédents familiaux, de la densité du sein et d'un test génétique fait par un prélèvement salivaire.

"Beaucoup de femmes font des mammographies pour rien puisqu'elles ont un risque faible, donc on veut essayer de faire moins de mammographies pour être moins nocif" détaille Suzette Delaloge, car l'irradiation "peut donner des faux positifs". Selon les chercheurs, cette étude permettrait de détecter davantage de cancers potentiellement graves, d'éviter les faux positifs, le surdiagnostic et donc les interventions non justifiées.

Toutes les participantes seront suivies pendant quatre ans, période au cours de laquelle il leur sera demandé de mettre à jour annuellement leurs informations personnelles. L'expérimentation devrait durer six ans et les résultats de cette étude ne seront pas connus avant plusieurs années.

Qui peut y participer ?

"Toutes les femmes de 40 à 70 ans peuvent y participer. Elles vont recevoir, pour les plus de 50 ans, une invitation par leur centre d'organisation de dépistage. L'étude n'a lieu que dans 30 départements. Les examens sont pris en charge par la Sécurité sociale. Cela demande peu de choses aux femmes. Une visite d'inclusion qui dure une petite heure et ensuite elles doivent donner des nouvelles en ligne chaque année", précise l'oncologue Suzette Delaloge.

Il y a néanmoins des exceptions : pour participer à cette étude, il ne faut pas avoir de mutation génétique (certains gènes, comme le BRCA1, sont impliqués dans la plupart des formes héréditaires de cancers de l'ovaire et du sein), ni avoir déjà souffert d'un cancer. Il faut ensuite contacter un médecin recruteur. Le site MyPeBS propose un test de "pré-éligibilité" et fournit une carte des endroits où il est possible de participer à l'étude. Dans cette étude dite "randomisée", les participantes ne pourront pas choisir le groupe dans lequel elles se retrouveront : cette répartition est aléatoire.

Dans Le ParisienNaciba Larbi, 50 ans, explique pourquoi elle a accepté de participer à l'étude. "Je suis allée à Gustave-Roussy [pour un dépistage] (...). On m'y a parlé de MyPeBS, qui se mettait en place. Dans ma tête, ça a été un électrochoc ; je me suis dit : 'Fais-le pour ton bien et pour celui d'autrui, pour améliorer le futur dépistage de nos filles. Et me voilà, plus motivée que jamais !'" Elle explique aussi au quotidien "vouloir la bonne dose d'examens : ni trop, ni pas assez".

Qui sont les médecins participant à l'étude ?

Il s'agit de médecins intégrés "qui connaissent les normes et les pratiques actuelles en matière de dépistage du cancer du sein", explique le site. "Ils doivent également avoir des compétences en communication afin de donner des informations claires, transparentes et complètes aux femmes non seulement sur l'essai, mais également sur les avantages et des risques liés au dépistage du cancer du sein". "Ce sont des investigateurs en médecine générale" qui vont œuvrer pour aider à améliorer le dépistage, précise le Collège national des généralistes enseignants.

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