Journée mondiale du cancer : comment une prise de sang "pourrait permettre de le détecter" beaucoup plus précocement ?

Un homme effectue une prise de sang, le 22 janvier 2011. (Photo d\'illustration)
Un homme effectue une prise de sang, le 22 janvier 2011. (Photo d'illustration) (HOANG DINH NAM / AFP)

François-Clément Bidard, chercheur en oncologie chirurgicale à l’Institut Curie à Paris, a expliqué, dimanche sur franceinfo, que ces techniques sont pour le moment expérimentales.

Avec 150 000 morts en 2017 et 399 500 nouveaux cas détectés pour la même année, le cancer reste la première cause de mortalité en France. À l’occasion de la journée mondiale de lutte contre le cancer, dimanche 4 février, le professeur François-Clément Bidard, chercheur en oncologie chirurgicale à l’Institut Curie à Paris, présente, sur franceinfo, un nouveau moyen de détecter plus facilement les cancers, via une simple prise de sang.

franceinfo : Comment peut-on détecter les cellules cancéreuses par une simple prise de sang ?

François-Clément Bidard : L’idée générale est que le cancer, quand il se développe, relâche un certain nombre de composants qu’on va pouvoir détecter dans une prise de sang. Jusqu’ici, nous avions un nombre d’outils limités pour détecter ces cancers. Les principales applications étaient dans le cadre du cancer de la prostate, avec un marqueur qui s’appelle le PSA que certains Français font régulièrement. Mais ce marqueur est très limité, il ne permettait pas de détecter tous les autres cancers. Actuellement, il y a une recherche très importante qui se fait pour élargir le panel de cancers détectables par prise de sang.

Est-ce que cette méthode prévient l’apparition des tumeurs ?

Alors ces techniques sont pour l’instant expérimentales, elles ne sont pas disponibles demain pour les Français. Elles sont étudiées dans un cadre de recherche clinique, mais ces méthodes sont très prometteuses. Elles permettraient, à termes, dans quelques années, de détecter des cancers de manière beaucoup plus précoce qu’actuellement. Des techniques, aux États-Unis par exemple, seront bientôt mises sur le marché, mais restent très chères et ne pourront donc pas être utilisées en routine, tout du moins en France.

Est-ce que la précocité de la détection permet de mieux soigner ?

À côté de l’optimisation des traitements, le diagnostic à un stade précoce est un critère majeur pour le pronostic des patients atteints d’un cancer. D’où l’intérêt de cette prise de sang. D’autant qu’elle nous permet de chercher des mutations, qui nous mène parfois à orienter les patients vers des traitements auxquels nous n’aurions pas pu penser sans cette prise de sang. Dans le cancer du poumon par exemple, c’est déjà utilisé quotidiennement depuis un à deux ans dans toute la France.

Comment fonctionne cette prise de sang ?

C’est une simple prise de sang envoyée ensuite au laboratoire. Les résultats sont disponibles en deux à trois semaines. L’idée va être de faire ces tests alors que les individus vont bien et sont asymptomatiques. Pouvoir détecter un signal anormal chez quelqu’un qui se porte bien peut changer beaucoup les choses. Dans ce cadre-là, un délai de deux à trois semaines est tout à fait acceptable.

Est-ce que l’idée est de soumettre quasiment toute la population à ces tests ?

Oui. On peut tout à fait imaginer que dans dix ans, quinze ans, il y ait des prises de sang qui soient dédiées aux hommes de 70 ans ou aux femmes de 50 ans et qui soient adaptées aux risques individuels de cancer. Mais, il est probable que ces tests concernent d’abord des populations où le diagnostic de cancer est plus fréquent, car plus on va chercher les cancers chez des populations peu exposées aux risques plus ça va coûter cher. On essaie donc de rendre ces tests acceptables et utiles à un coût relativement modéré pour la société.

"On essaie donc de rendre ces tests acceptables et utiles à un coût relativement modéré pour la société", François-Clément Bidard
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