Lutte contre le gaspillage alimentaire : "Les associations ne sont pas des poubelles"

Des bénévoles des Restos du cœur se préparent pour une distribution d\'aliments, le 25 novembre 2013, à Paris.
Des bénévoles des Restos du cœur se préparent pour une distribution d'aliments, le 25 novembre 2013, à Paris. (PATRICK KOVARIK / AFP)

Obliger les grandes surfaces à donner leurs invendus à des associations caritatives, bonne idée ou fausse bonne idée ? Le président des Restos du cœur répond à francetv info.

Eviter de gaspiller : c'est dans cette perspective que l'ex-ministre délégué à l'Agroalimentaire Guillaume Garot propose d'interdire à la grande distribution de jeter de la nourriture et de faire don de leurs invendus "aux associations qui en font la demande". "Il y aura des sanctions" pour les entreprises qui ne respecteront pas le dispositif, prévient le député socialiste à l'occasion de la remise de son rapport sur le gaspillage alimentaire au gouvernement, mardi 14 avril.

L'initiative, pense-t-on, va faire sauter de joie les associations concernées. Et pourtant, non : elles sont partagées sur cette initiative. Pour comprendre pourquoi, francetv info a interrogé Olivier Berthe, président des Restos du cœur.

Francetv info : Obliger les grandes surfaces à donner leurs invendus aux associations caritatives, est-ce une bonne idée ?

Olivier Berthe : Depuis plusieurs mois, je discute et débats de cette question avec les responsables d'autres associations. Nous sommes mitigés. Toute démarche qui encourage le don et évite le gaspillage est positive. Actuellement, les grandes surfaces et les entreprises agroalimentaires peuvent déjà faire un don aux associations, mais uniquement sur la base du volontariat. Sur les 130 millions de repas distribués par Les Restos lors d'une campagne, 20 millions sont possibles grâce à ces dons. De plus, Guillaume Garot est venu nous voir, il nous a écoutés et a fait son travail sérieusement.

D'un autre côté, c'est une initiative qui pose plusieurs problèmes, notamment de sécurité sanitaire. Par exemple, récemment, vers Strasbourg, on a récupéré des yaourts de grandes surfaces. On les a transportés dans une camionnette. Elle a été contrôlée, et l'association a finalement écopé d'une amende parce que la date limite de consommation de deux yaourts était dépassée. Car, lorsqu'une association reçoit des produits, elle en devient responsable.

Cette proposition règle-t-elle le problème du gaspillage alimentaire ? Ou est-ce que vous jetez vous aussi des produits qui ne peuvent être donnés ?

Le cas s'est déjà produit il y a quelques années, avec des poulets. On en avait trop sur les bras. On peut récupérer des poulets et en donner, mais si la quantité est supérieure à notre capacité à distribuer, on refuse les produits proposés. Nos associations ne sont pas des poubelles ! On distribue des repas en respectant l'équilibre nutritionnel et les règles sanitaires. On donne à des êtres humains, il faut les respecter et ne pas leur faire manger n'importe quoi.

Il faut donc clarifier la réglementation. Si un projet de loi voit le jour sur ce sujet, après la remise du rapport de Guillaume Garrot au gouvernement, il doit nous éclairer sur les conditions dans lesquelles le don se fait.

Quelles sont ces conditions ?

Il faut savoir ce qui peut être donné et jusqu'à quelle date. Il faut que l'association puisse décider de ce qu'elle prend. D'ailleurs, dans son rapport, Guillaume Garot introduit une nuance importante, qui va dans ce sens : seules les associations qui en font la demande recevront les dons. On ne peut pas les accepter n'importe comment.

Parfois, les conditions logistiques ne sont pas réunies. Par exemple, si une camionnette doit se déplacer pour trois yaourts, le carburant utilisé pour l'aller-retour n'est pas rentabilisé, et le don coûte trop cher. Parmi nos 2 100 lieux de distribution, tous ne sont pas équipés en camion frigorifique. Enfin, les bénévoles ne sont pas toujours suffisamment nombreux. On ne va pas leur mettre la pression, car ils acceptent déjà de mettre leur énergie à notre service.