Lactalis : "On a l'impression que la priorité, c'est de relancer le business" et non "la sécurité alimentaire", estime Foodwatch

Laiterie Celia Lactalis à Craon.
Laiterie Celia Lactalis à Craon. (XAVIER BONNARDEL / MAXPPP)

Indrid Kragl, la directrice de l'information de Foodwatch, estime "inacceptable" la décision de la préfecture de Mayenne d'autoriser de nouveau la commercialisation par Lactalis de son lait infantile en poudre, neuf mois après le début du scandale du lait contaminé à la salmonelle.

Neuf mois après le début du scandale du lait contaminé à la salmonelle dans l'usine Lactalis de Craon, la préfecture de la Mayenne a de nouveau autorisé l'entreprise à commercialiser son lait infantile en poudre, mardi. Une décision "inacceptable" pour Indrid Kragl, la directrice de l'information de Foodwatch, invitée mercredi de franceinfo, qui "a l'impression que la priorité, c'est de relancer le business" et non de "la sécurité alimentaire" de ce scandale.

franceinfo : Êtes-vous surprise de la décision de la préfecture de la Mayenne ?

Ingrid Kragl : C'est plus que surprenant, c'est carrément inacceptable, de notre point de vue, parce qu'avec cette annonce, on a quand même l'impression que la priorité c'est de relancer le business. Après tout, les leçons de ce scandale n'ont pas encore été pleinement tirées, aucune lumière n'a été faite sur toute cette affaire, puisqu'on sait que l'enquête préliminaire est toujours en cours, aucune sanction n'a été prise. Il y avait Lactalis, bien sûr, qui était dans le viseur mais pas seulement, il y a eu de graves manquements au niveau des autorités, de la grande distribution. Les supermarchés ont joué un rôle conséquent dans cette affaire. Et puis aussi les laboratoires qui n'ont pas fait remonter l'information. On n'a absolument aucune garantie que ce type de scandale ne va pas se reproduire. Il ne suffit pas de dire 'On a nettoyé la salmonelle dans l'usine et hop on peut relancer le business'. Ça va bien au-delà de cela. Et nous on est très très très inquiets.

Le lait pourrait n'être commercialisé qu'à l'étranger. Qu'en pensez-vous ?

Nous, notre réaction, c'est qu'on est quand même très choqués. Il faut savoir que l'affaire de décembre dernier a touché 86 pays dans le monde, dont beaucoup de pays pauvres, où, si les bébés ont été frappés de salmonelle, on ne veut même pas savoir ce qui leur est arrivé, d'ailleurs on ne le sait pas. Lactalis ne nous a jamais répondu, on n'a jamais eu d'information. On peut penser que c'est une stratégie de la part de Lactalis de recommencer à revendre leurs produits d'abord à l'étranger. Mais c'est inquiétant en fait. (…) Il n'y a aucune lumière qui a été faite sur cette affaire. Quelles sont les garanties de l'Etat ?

Mais les contrôles seront peut-être amplifiés.

Le fait qu'il y ait plus de contrôles dans l'usine de Craon ne va pas suffire. En fait, les conditions qui ont permis que ce scandale éclate n'ont pas été résolues. Il y a des manquements au niveau de l'Etat. Vous savez comme moi que la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes [DGCCRF] continue de licencier à tour de bras. Chaque année, elle perd des effectifs. Donc on a l'impression que la sécurité alimentaire n'est pas du tout la priorité du gouvernement. (…) Il ne suffit pas de nettoyer la salmonelle, il faut réviser le système en profondeur, qui permet ce genre de scandale d'éclater. C'est bien plus profond que ça et c'est ce que nous dénonçons. C'est pour ça qu'on pense que c'est précipité. Vous savez, il y a aussi une commission d'enquête parlementaire qui a été faite. Il y a beaucoup de députés qui ont travaillé à ces auditions et qui ont fait des recommandations. Pour l'instant, aucune n'a été mise en œuvre. Donc voilà, pourquoi est-ce qu'on se lance vite vite vite dans la relance du business alors qu'il y a un paquet de choses à résoudre et des questions auxquelles on n'a pas de réponse ?

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