Grande distribution : un député "met au défi" Michel-Edouard Leclerc de "mettre de la moralisation dans les relations commerciales"

Le député centriste Thierry Benoit le 22 décembre 2009 à l\'Assemblée nationale.
Le député centriste Thierry Benoit le 22 décembre 2009 à l'Assemblée nationale. (PIERRE VERDY / AFP)

Alors qu'une commission d'enquête parlementaire doit être lancée mardi pour s'assurer que la loi agriculture et alimentation permet de mieux rémunérer les producteurs, le député UDI Thierry Benoit, pressenti pour présider la commission, exprime ses doutes sur franceinfo.

La loi agriculture et alimentation (Egalim), issue des Etats généraux de l'alimentation et promulguée en novembre dernier, permet-elle vraiment de mieux rémunérer les producteurs ? Une commission d'enquête parlementaire doit être lancée ce mardi après-midi pour s'en assurer. "J'ai des interrogations", explique sur franceinfo Thierry Benoit, député UDI d'Ille-et-Vilaine, pressenti pour présider cette commission. "Depuis un demi-siècle, on a laissé faire à la grande distribution ce qu'elle voulait" et "les relations commerciales sont totalement déséquilibrées", pointe-t-il. Le député souhaite notamment pouvoir entendre Michel-Edouard Leclerc, qu'il "met au défi de mettre de la moralisation dans les relations commerciales".

franceinfo : Que reprochez-vous à Michel-Edouard Leclerc ?

Thierry Benoit : Je suis parlementaire depuis plus de dix ans et j'observe qu'au gré des différentes lois que nous votons, ou que nous ne votons pas pour ce qui me concerne, il y a un sujet autour du rôle de la grande distribution et des centrales d'achat. Depuis un demi-siècle, en France et en Europe, on a laissé faire à la grande distribution ce qu'elle voulait. Je pense qu'à un moment donné, il faut qu'on puisse chercher à comprendre les coulisses des dispositions qui sont mises en œuvre par la grande distribution. J'observe que, depuis dix ans, les relations commerciales sont totalement déséquilibrées et on voit bien qu'au terme de la période de négociations qui s'est étirée du mois de novembre jusqu'à fin février 2019, le rôle de la grande distribution a encore été prégnant dans les relations commerciales. Elle est en situation de dominance, met un certain nombre d'entreprises en situation de dépendance et on a comme variable d'ajustement les agriculteurs et le revenu agricole. Ce n'est pas la commission d'enquête qui va tout régler mais je pense qu'il faut s'y intéresser parce que l'Europe promeut une concurrence libre et non faussée. Et on voit que la grande distribution s'est structurée depuis un certain nombre d'années en centrales d'achat, et tout cela sans que les autorités de la concurrence interviennent.

Vous visez les magasins Leclerc en particulier ?

Michel-Edouard Leclerc et moi avons un point commun, c'est d'être bretons. Donc, je salue le capitaine d'industrie, mais je mets au défi l'entrepreneur qu'est Michel-Edouard Leclerc de mettre de la moralisation dans les relations commerciales. Le discours de Michel-Edouard Leclerc, depuis une dizaine d'années, passe outre la volonté de la puissance publique. On voit qu'un certain nombre d'acteurs font leur petit marché directement à l'Elysée, une fois avec Nicolas Sarkozy, ensuite avec François Hollande et ensuite avec Emmanuel Macron. Donc, il faut qu'on s'intéresse de très près à leurs pratiques. On voit bien qu'il y avait jusqu'à aujourd'hui la guerre des prix et que nous avons maintenant une véritable guerre de la communication, soi-disant axée sur le pouvoir d'achat du consommateur. Moi, je voudrais aussi défendre le pouvoir d'acheter de tous les consommateurs quels que soient leurs revenus et que ceux-ci aient accès à des produits et des denrées alimentaires de qualité.

Concrètement, vous reprochez à la grande distribution d'utiliser des méthodes déloyales et de ne pas jouer le jeu de la loi Egalim ?

J'ai des interrogations et on peut aller jusqu'au soupçon, tout à fait. Cette commission d'enquête devra donc réaliser un certain nombre d'auditions à huis clos. En 2015, j'avais réalisé un rapport sur les filières de l'élevage et j'avais déjà identifié à cette époque les difficultés que rencontrent les producteurs mais aussi certains industriels ou certaines coopératives lorsqu'il s'agit de négocier avec la grande distribution.

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