Vincent Lambert : au-delà des images, la manipulation

Une association opposée à l'interruption des soins de Vincent Lambert, tétraplégique au centre d'une longue bataille judiciaire, a diffusé une vidéo du jeune homme "réagissant à la décision de la Cour européenne de droits de l'Homme". Les mouvements du visage du jeune homme, les instants où il déglutit et ses regards ne contredisent pas le diagnostic des médecins.

Contacté par Allodocteurs.fr, François Lambert, neveu de Vincent qui milite pour l'arrêt des soins de son oncle, insiste sur le fait que celui-ci a "des réactions très étranges, qui peuvent être impressionnantes".

"Si l’on crie à son oreille, il sursaute. Mais c’est purement réflexe", explique-t-il. "Cela, ça ne se lit pas sur son visage, c’est pour cela qu’il a fallu l’emmener [à la Salpêtrière], faire des tests poussés, qui ont conclu que ce n'étaient que des réflexes."

"J’ai vu une vidéo précédente diffusée par ces gens - je n’ai pas voulu voir celle-là, qui est m’a-t-on dit encore plus immonde", pousuit-il. "Dans ces vidéos, il y a les réactions de Vincent, mais ce qu’il faut surtout voir, ce sont les réflexes conditionnés des parents, de ceux qui filment, qui ne voient que ce qu’ils veulent voir… Des réflexes, en tout cas, de gens qui ne sont pas pleinement rationnels."

Des médecins consternés

Interrogé par des journalistes d’Europe 1, le Pr Eric Kariger, ancien chef d’un service de soins palliatifs où fut longtemps hospitalisé Vincent Lambert, assimile cette vidéo qui circule sur Internet à une "manipulation".

"Ces malades sont effectivement perturbants pour [le commun] des mortels que nous sommes", a-t-il déclaré. "On a le sentiment qu'ils réagissent à leur environnement, puisque toutes les informations sensorielles arrivent à leur cerveau. Si vous faites du bruit, ils peuvent réagir, ils vont avoir un regard qui semble être capté". C'est ce qui fait, selon lui, "toute la difficulté [pour les proches] lorsque [est annoncé] le diagnostic d'un état végétatif".

Mais concernant le cas particulier de Vincent Lambert, le professeur rappelle "que les meilleurs experts ont donné un regard sur cette situation. Et malheureusement, le diagnostic et le pronostic qui ont été confirmés [est] l'état végétatif grave et irréversible".

Pour lui, cette vidéo n’est donc ni plus ni moins qu’une "manipulation".

"C'est irrespectueux pour le malade, pour son épouse et sa fille, qui ne peuvent pas faire le deuil, à travers cet acharnement qui vient de leur propre famille. C'est dramatique", a-t-il conclu.

Interrogé sur BFM TV, Bernard Devalois, chef de l'unité de soin palliatifs de Pontoise, s'est pour sa part déclaré "absolument scandalisé" par une vidéo "obscène", et une "manipulation politico-religieuse". "Ces images ne montrent rien d'autre que le même patient sur lequel on s'était penché il y a plusieurs mois", a-t-il affirmé.

En mai 2014, des experts médicaux avaient constaté une dégradation continue de l’état du patient, et confirmé que les lésions cérébrales consécutives à son accident de la route en 2008, avaient "toutes les caractéristiques de lésions irréversibles". Divers facteurs rendaient selon eux "très peu probables les chances d'amélioration" de cet état. Depuis lors, plusieurs expertises médico-judiciaires ont également conclu en ce sens.

Etat "végétatif" ? "Végétatif chronique" ? "Pauci-relationnel" ?

On parle d’état végétatif lorsqu’un patient, sorti du coma, a récupéré ses fonctions végétatives (régulation de la tension, de la respiration, etc.) et ne dépend plus d’une ventilation assistée. L’état végétatif "chronique" (EVC), dans lequel le patient ne manifeste aucune conscience de lui-même durant les phases de réveil, caractérise la situation de Vincent Lambert.

Plus fréquemment, les patients sont dans un état "pauci-relationnel" (EPR), c’est-à-dire qu’"il existe un degré minimal de réponse volontaire à quelques stimulations, réponse fluctuante selon les moments de la journée", selon la distinction opérée dans les circulaires officielles.

"L'an passé, au terme d'une série de test - dont des IRM fonctionnels - les experts neurologues désignés par le Conseil d'Etat ont confirmé que Vincent Lambert n'était pas dans en EPR, et bien en EVC", a insisté auprès de nous le docteur Bernard Devalois.

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