Interdiction des implants mammaires macro texturés : "C'est un bon début, c'est un bon progrès" estime une victime des prothèses PIP

Une opération du cancer du sein à l\'institut du cancer de Montpellier (illustration).
Une opération du cancer du sein à l'institut du cancer de Montpellier (illustration). (GUILLAUME BONNEFONT / MAXPPP)

Une victime des prothèses mammaires PIP saluent l'interdiction par la France de certaines prothèses qui causaient notamment des lymphomes.

"Je suis ravi qu'on ait pris la mesure des problèmes", a réagi Joëlle Manighetti, victime des prothèses mammaires PIP, alors que l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) s'apprête à interdire les prothèses mammaires à enveloppe macro texturée, c'est-à-dire rugueuses. Une révélation mercredi 3 avril de la cellule investigation de Radio France.

Cette décision a été prise en raison d'une "augmentation significative depuis 2011 des cas de lymphome anaplasique à grandes cellules" (LAGC) associé au port de prothèses mammaires. 59 cas de LAGC ont été recensés en France. Plusieurs femmes en sont mortes. "On supprime" les implants "qui posent le plus de problèmes, c'est un bon début et c'est un bon progrès", selon Joëlle Manighetti.

franceinfo : Quel est votre sentiment à l'annonce de cette décision de l'ANSM, cela vous rappelle le scandale des prothèses PIP ?

Joëlle Manighetti : Ce n'est pas tout à fait le même scénario. Chez PIP, c'étaient des prothèses qui étaient frauduleusement fabriquées avec un gel industriel. Là, ce n'est pas du tout le même contexte. C'est la texture d'un certain type d'implants qui pose problème et qui risque de provoquer ce cancer lié à ces implants mammaires, ce fameux lymphome anaplasique.

Pour les PIP, personne ne peut nous donner les conséquences, même aujourd'hui. Il n'y a pas eu d'enquête épidémiologique là-dessus, puisque ce gel industriel n'a pas été testé pour être mis dans un corps humain. Par contre, pour les implants Allergan et macro texturés, il y a des études scientifiques qui ont prouvé que la texture de ces implants provoquait ce lymphome anaplasique à grande cellule connu comme étant lié à ces implants mammaires et n'existant pas dans d'autres circonstances, mais c'est vrai que ça reste relativement rare vu le nombre d'implants posés.

Les autorités sanitaires ont-elles tiré les leçons de ce qui s'est passé précédemment ou bien ont-elles réagi un peu tard ?

Toutes les femmes qui sont concernées ont trouvé que les autorités sanitaires ont réagi très tard. Depuis que j'ai participé aux auditions publiques de l'ANSM au mois de février dernier et au comité de suivi après le problème de PIP, les choses ont été prises quand même en considération depuis longtemps. Malgré tout, les procédures administratives et les décisions de police sanitaire semblent toujours très longues. Il y a tellement de conséquences derrière. Je conçois que ce ne sont pas des décisions qu'on peut prendre à la légère. Maintenant, je suis ravie que l'on ait pris la mesure des problèmes.

Vous avez le sentiment que ce travail de suivi porte ses fruits, que votre témoignage et ceux des autres victimes ont été utiles ?

Je pense que oui, car nous sommes entendues, nous participons au comité de suivi. Le fait qu'on m'ait demandé de participer aux auditions prouve que nous sommes entendues, même si pour les femmes qui sont concernées, ça semble toujours très long et compliqué. On ne peut pas faire les choses comme ça du jour au lendemain. On ne peut pas non plus tout supprimer du jour au lendemain. Les femmes qui font de la chirurgie esthétique ne sont pas prêtes à renoncer aux implants mammaires. Les chirurgiens n'ont pas non plus beaucoup d'autres solutions.

En reconstruction après cancer, les techniques de reconstruction avec les propres tissus se développent, c'est une excellente chose. Je milite aussi pour ça. Mon souhait serait qu'aucun implant mammaire ne soit disponible sur le marché. Là, on supprime ceux qui posent le plus de problèmes, c'est un bon début et c'est un bon progrès.

Que pourriez-vous dire à des femmes qui portent des implants ou qui ont l'intention d'en porter ?

À celles qui ont l'intention d'en porter, je leur recommande de s'informer de tous les risques, de bien peser le pour et le contre, de bien être certaines d'avoir fait le bon choix et de tout prendre en considération. Je me rends très souvent sur des forums de chirurgie esthétique pour informer les femmes. Elles ne veulent pas toujours entendre ce qu'on leur dit. Tout ce qu'on peut leur dire et ce qu'elles peuvent entendre est très anxiogène.

Pour toutes celles qui sont porteuses de ces implants, la recommandation est de ne pas courir chez le chirurgien pour se faire explanter tout de suite. Les explantations sont des interventions à risque et si elles n'ont pas de problème qui soit vraiment en relation avec leurs implants, il est quand même dommage d'aller prendre des risques opératoires pour se les faire enlever. Surtout si elles souhaitent en remettre d'autres à la place et qui ne sont pas forcément mieux.

Si c'est pour ne rien remettre pourquoi pas. Maintenant je comprends qu'elles soient très angoissées. Apprendre qu'on interdit des implants qu'on porte soi-même reste anxiogène.

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