Ouverture du procès d'une aide-soignante accusée d'avoir empoisonné 13 retraités

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Une aide-soignante comparaît à partir de ce 9 mai devant les assises de Savoie pour avoir empoisonné, avec des mélanges de médicaments, treize pensionnaires d'une maison de retraite près de Chambéry, dont dix mortellement.

Ludivine Chambet, détenue depuis sa mise en examen fin 2013, aura 34 ans au lendemain de l'ouverture de son procès, prévu pour durer douze jours. Elle comparaît pour crime d'empoisonnement sur personnes particulièrement vulnérables.

Les victimes, huit femmes et cinq hommes de 76 à 96 ans, étaient accueillies dans l'établissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad) Le Césalet, à Jacob-Bellecombette (Savoie), relevant du Centre hospitalier de Chambéry.

Les faits auraient été commis durant un an, de l'automne 2012 - peu après la prise de fonction de l'aide-soignante - à l'automne 2013. "S'il n'y avait pas eu la vigilance de ce médecin des Urgences et ces analyses toxicologiques en novembre 2013, l'ardoise serait plus lourde encore", estime Daniel Cataldi, avocat de huit familles.

Des familles "traumatisées qui se posent bon nombre de questions, notamment le délai qui a été nécessaire pour se rendre compte de ce qui se passait", souligne l'avocat.

Les faits

L'affaire débute en effet le 27 novembre 2013, avec le coma soudain d'Élise Maréchal, 83 ans. Hospitalisée, elle meurt le jour-même. Des analyses toxicologiques révèlent la présence de quatre psychotropes qui ne faisaient pas partie de son traitement.

Son décès faisant suite à d'autres cas rapprochés de morts inexpliquées parmi les pensionnaires, des cadres de l'Ehpad examinent alors les plannings des personnels soignants. "Le nom de Ludivine Chambet est revenu à plusieurs reprises", indique l'ordonnance de mise en accusation.

La direction décide alors d'écarter la jeune femme de son poste, la médecin du travail la déclare inapte le jour même et la justice est prévenue. Interpellée le 10 décembre, Mme Chambet est placée en garde à vue. Au cours de divers interrogatoires, elle admet avoir administré plusieurs produits à onze patients, tout en se défendant d'avoir voulu les tuer.

"Soulager les patients"

Sur les treize victimes, dix ont succombé aux malaises provoqués par l'empoisonnement, l'une de cause indépendante et deux n'étaient pas mortes.

La jeune femme assure que son intention était de "soulager" ces patients "quand elle voyait qu'ils n'allaient pas bien ou qu'ils étaient angoissés", même s'ils ne lui avaient rien demandé et qu'aucun d'entre eux n'avaient exprimé l'envie d'abréger sa vie.

Ludivine Chambet connaissait les médicaments qu'elle administrait en solution buvable, "un peu au hasard pour la quantité", mais en mélangeant exclusivement neuroleptiques et antidépresseurs. L'expertise de son ordinateur personnel a mis au jour de nombreuses recherches sur les molécules administrées, ainsi que sur la mort par empoisonnement, aux intitulés sans équivoque : "médicament provoquant un arrêt cardiaque", "provoquer un coma", "tuer un homme", etc.

La réclusion criminelle a perpetuité pourrait être requise

Décrite comme compétente et investie dans son travail, cette fille unique, célibataire et sans enfant, a raconté durant la procédure s'être beaucoup occupée de sa mère atteinte d'une leucémie aiguë, diagnostiquée en mai 2012 et fatale en juin 2013.

La mort de sa mère, avec qui elle entretenait une "relation fusionnelle", l'avait plongée dans une "grande souffrance et une grande solitude", selon des membres de sa famille. Elle avait exprimé qu'elle "ne supportait plus de voir d'autres personnes souffrir".

"L'éclairage psychiatrique sera important, de même que l'absence de verrou de sécurité. Cet aboutissement infernal aurait-il pu être évité ?", demande maître Cataldi. Les parties civiles viendront avec "beaucoup de colère et de tristesse", prévient l'avocat en rappelant les "terribles" exhumations des défunts pour analyses.

L'avocat de Ludivine Chambet, maître Thomas Bidnic, préfère "réserver la primeur de ses observations à la cour". Sa cliente risque la réclusion criminelle à perpétuité.

avec AFP