Grande-Bretagne : procès d'un chirurgien "monstrueux"

(ANDY DEAN PHOTOGRAPHY / 65919410)

Les victimes d'un chirurgien qualifié de "monstre" pour avoir mené des mastectomies (ablation du sein) inutiles réclament une enquête pour savoir pourquoi et comment il a été autorisé à pratiquer malgré les soupçons qu'il éveillait. L'accusé a été condamné à quinze ans de prison.

500 ex-patientes de Ian Paterson réclament des dommages et intérêts à une mutuelle privée après la condamnation du médecin pour "blessures volontaires" sur 10 femmes. Le juge a estimé que Paterson était mû par "un sentiment de pouvoir et les profits matériels" découlant de ces opérations. "Vous avez joué avec les peurs, en inventant ou en exagérant délibérément le risque qu'un cancer se développe", a-t-il relevé.

"Pas le moindre remords"

Des douzaines de femmes et leurs proches ont défilé à la barre pendant le procès, à Nottingham, pour raconter leur calvaire. "C'est un monstre", a lancé Carole Johnson, qui est passée six fois sous le bistouri du chirurgien en sept ans, alors que seule la première intervention était nécessaire. "J'ai perdu ma maison, mon mari, ma santé, mon travail, j'ai tout perdu", a lancé Diane Green, victime d'une mastectomie controversée. Un homme, John Ingram, aussi opéré pour un état "pré-cancéreux", a relevé: "Je me demande si quinze ans sont suffisants pour quelqu'un qui n'a pas manifesté le moindre remords, et a fait vivre l'enfer à ses patients".

Faille dans les systèmes de santé et judiciaire

Pour Charlie Massey, chef de l'ordre des médecins, "il est parfaitement légitime de poser des questions sur le pourquoi et le comment et surtout, comment empêcher que cela se reproduise". "S'il a pu continuer à sévir si longtemps, c'est parce qu'au sein du système de santé, des responsables mais aussi ses collègues avaient des soupçons mais ne nous en ont pas fait part", a-t-il dit après la condamnation mercredi 31 mai.

Paterson avait été empêché d’exercer pendant quelque temps après une opération ratée en 1996 dans un hôpital de Birmingham. En 2003, il avait éveillé des soupçons mais avait continué à pratiquer et n'a été suspendu définitivement qu'en 2012. "Cette affaire révèle une énorme faille dans le sytème judiciaire", a souligné dans un communiqué Linda Millband, avocate de plusieurs victimes.

Le service de santé public NHS a jusqu'ici versé 9,5 millions de livres (10,9 millions euros) de dommages et intérêts, suite aux plaintes de près de 800 patients de Paterson, selon l'agence britannique Press Association.