Fin de vie : faut-il placer Vincent Lambert sous tutelle ?

La juge des tutelles de Reims décidera le 10 mars s'il convient de nommer un tuteur pour représenter Vincent Lambert. Hospitalisé depuis 2008, l'ancien infirmier est en état végétatif. Lors de l'audience devant la Chambre des familles du TGI de Reims, le procureur de la République a requis la désignation d'un tuteur extérieur à la famille auquel serait associé un subrogé-tuteur : Rachel Lambert, l'épouse de Vincent. 

Cela fait maintenant huit ans que la famille de Vincent Lambert se déchire sur son sort. Le jeune homme, victime d'un accident de la route en 2008, est tétraplégique et en état végétatif chronique à cause de lésions au cerveau. Deux camps s'affrontent pour décider de son avenir. D'un côté, ses parents, catholiques traditionalistes, farouchement déterminés à maintenir en vie leur fils. De l'autre, sa femme Rachel et son neveu, François, qui eux demandent l'arrêt des traitements pour laisser partir Vincent Lambert dignement.

L'hôpital de Reims se dit victime de pression

En juin 2015, le Conseil d'Etat et la Cour européenne des droits de l'homme avaient tous deux validé la décision d'interrompre les traitements. L'affaire aurait dû s'arrêter là. Mais, à la surprise générale, l'hôpital a fait marche arrière, au motif de menaces et de pressions extérieures.

Le 23 juillet 2015, dans un communiqué de presse, la direction estimait que "les conditions de sérénité et de sécurité, nécessaire à la poursuite de cette procédure, tant pour Vincent Lambert que pour l’équipe soignante, ne sont pas réunies".  

Les parents de Vincent Lambert dénoncent des "mauvais traitements"

Le CHU de Reims demande donc la mise sous tutelle de Vincent Lambert. Si elle est actée, elle serait confiée à un mandataire judiciaire, un tiers neutre censé protéger les intérêts du patient. A ce tuteur extérieur à la famille serait associé un subrogé-tuteur : Rachel Lambert, l'épouse de Vincent. 

Les parents de Vincent Lambert réclament cette tutelle et accusent l'hôpital de mauvais traitements. Pour leur avocat, Me Jérôme Triomphe, il faut "qu’un tuteur à la protection de la personne soit désigné pour que Vincent cesse d’être maltraité, qu’il reçoive des soins de kinésithérapie et qu’il soit pris en charge dans un établissement spécialisé. La seule chose qui compte, c’est qu’il soit traité comme un être humain, comme un grand handicapé et non dans un hôpital où on ne s’occupe pas de lui".

Maître Paillot, le deuxième avocat des parents de Vincent, a demandé à ce que David Philippon, demi-frère de Vincent, soit également subrogé-tuteur, "pour créer un espace de discussion". Le procureur ne s'est pas prononcé sur cette proposition. 

"Une obstination déraisonnable" pour le neveu de Vincent Lambert

Pour le neveu de Vincent Lambert, François, la volonté de poursuivre les soins relève d'une obstination déraisonnable. Selon lui, son oncle n'aurait pas souhaité cet acharnement thérapeutique. "J'ai un lien très proche avec Vincent, une certaine indépendance et une méfiance à l’égard des gens qui pensent à votre place. Pour moi, c'est ce que font les parents de Vincent. Ils prolongent inutilement la vie de leur fils, encouragent une certaine torture. Ce qui compte c’est Vincent, pas les parents de Vincent", exprime-t-il.  

Son avocat estime donc que la mise sous tutelle n’est pas nécessaire. Pour Me Jérôme Chemla, "on a besoin de médecins qui prennent leurs responsabilités et qui aillent au bout de leurs décisions. La question est de savoir s’il faut à l’infini les reprendre, les questionner… Aujourd’hui, les décisions existent. Nous, on pense que les recours sont épuisés". Il demande donc l'application des décisions du Conseil d’Etat et de la Cour européenne des droits de l'homme et donc l'arrêt des traitements. La décision du juge des tutelles sera rendue par courrier aux différentes parties le 10 mars 2016.

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