Allemagne : un infirmier "tueur en série" accusé de plus de 200 meurtres

Allemagne : un infirmier \"tueur en série\" accusé de plus de 200 meurtres
Allemagne : un infirmier "tueur en série" accusé de plus de 200 meurtres

Niels Högel, un infirmier allemand, est accusé d’avoir causé la mort de plusieurs centaines de patients par injection de médicaments. Le procès en cours cherche également à comprendre le rôle des hôpitaux dans cette affaire.

A 42 ans, Niels Högel pourrait être impliqué dans le meurtre de centaines de personnes. Cet infirmier allemand, qui se décrit lui-même comme le "plus grand tueur en série de l’histoire de l’après-guerre", attend le verdict de son procès qui sera rendu le 6 juin.


Depuis 2015, Niels Högel est déjà condamné à perpétuité après avoir été reconnu responsable du décès de six patients. Mais le nombre réel de ses victimes pourrait être bien plus élevé : la police évoque plus de 200 morts, le porte-parole des victimes Christian Marbach va jusqu'à 300. Après avoir reconnu une responsabilité globale pour 100 décès, l'accusé a finalement reconnu 43 meurtres et dit ne pas se souvenir de 52 cas. Il a nié toute responsabilité dans cinq décès.

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" Rambo de la vaccination "

Né en 1976 dans le Nord de l’Allemagne, Niels Högel devient infirmier à 19 ans, comme son père et sa grand-mère. Fin 1999, il rejoint l'hôpital d'Oldenbourg. Les réanimations et les décès aux soins intensifs se multiplient quand il est de service. Il est poussé vers la sortie à partir de fin 2002, avec une bonne lettre de recommandation, et commence un nouveau travail à l’hôpital voisin de Delmenhorst début 2003. Ses collègues l’y surnomment le "Rambo de la réanimation" jusqu'à juin 2005, quand il est pris en flagrant délit.


Entre 2000 et 2005, il a ainsi injecté une surdose de médicaments à des dizaines de patients entraînant des arrêts cardiaques pour, dit-il, briller auprès de ses collègues en les réanimant. C'était, selon lui, "la seule façon d'appartenir à l'équipe". Mais la plupart de ses tentatives de réanimation ont échoué et de nombreuses victimes sont mortes.


130 corps ont été exhumés mais il sera impossible de dresser un bilan exact et ce pour plusieurs raisons : de nombreux patients ont été incinérés, l'expertise scientifique ne permet pas toujours d'apporter une preuve sans faille de son implication et l'accusé aime semer le trouble. Mais l'autopsie des corps exhumés de patients d'Oldenbourg a apporté la quasi-certitude que cet homme avait été à l'oeuvre.

"Pour lui, c'était comme une drogue"

"Je dois dire que l'empathie ne jouait pas un grand rôle pour moi à cette époque", a-t-il admis lors de son procès. Sans vouloir justifier ses actes, il a décrit son état de stress dans des services en sous-effectifs chroniques, une rupture sentimentale "traumatisante" et son recours dans la foulée aux analgésiques et à l'alcool. "Ce métier n'était pas fait pour moi. J'aurais dû le reconnaître", a déclaré Niels Högel.


De leur côté, les psychiatres ont établi que ce quadragénaire souffrait d'un sévère trouble narcissique et avait un besoin maladif de se mettre en valeur. Quand il parvenait à réanimer des patients, il se sentait apaisé pour quelques jours, selon l'analyse de référence du psychiatre Konstantin Karyofilis. "Pour lui, c'était comme une drogue".

Les hôpitaux complices de l’infirmier ?

Le procès doit aussi s’atteler à comprendre comment Niels Högel a pu, pendant cinq ans, tuer autant de personnes sans être arrêté. Car la vague de décès et l'utilisation extraordinairement élevée de produits cardiaques ne sont pas passées inaperçues. L'hôpital d'Oldenbourg s'était séparé de lui fin 2002 en invoquant une "perte de confiance", tout en lui remettant tout de même une lettre de recommandation élogieuse.

Des collègues et supérieurs hiérarchiques de cet hôpital, appelés à témoigner lors du procès, ont toutefois démenti avoir eu des soupçons ou on dit ne plus se souvenir. Devant cette "amnésie collective", le juge a entamé des poursuites contre dix personnes pour parjure et faux témoignages. Des responsables des deux hôpitaux devront en outre s'expliquer lors d'un procès séparé dans lequel Niels Högel sera interrogé comme témoin.

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