Mediator : Jacques Servier mis en examen pour homicides et blessures involontaires

Jacques Servier, le fondateur des laboratoires du même nom, le 14 mai 2012 au tribunal de Nanterre (Hauts-de-Seine).
Jacques Servier, le fondateur des laboratoires du même nom, le 14 mai 2012 au tribunal de Nanterre (Hauts-de-Seine). (MARTIN BUREAU / AFP)

Le fondateur des laboratoires Servier est déjà mis en examen notamment pour tromperie et escroquerie dans un autre volet de l'enquête. 

AFFAIRE DU MEDIATOR - Le fondateur des laboratoires Servier, Jacques Servier, 90 ans, a été mis en examen, mardi 11 décembre, pour "homicides et blessures involontaires" dans le cadre d'un des volets de l'enquête sur le Mediator conduite à Paris.

Jacques Servier a été placé sous contrôle judiciaire avec un cautionnement de 75 000 euros, et 2,4 millions d'euros pour six de ses sociétés également mises en examen, a précisé une source judiciaire. L'homme et ses sociétés sont poursuivis à la fois à Paris et Nanterre (Hauts-de-Seine).

A Paris : "homicides et blessures involontaires" et "tromperie et escroquerie"

La mise en examen pour "homicides involontaires" concerne le cas de deux victimes, tandis qu'une quarantaine de cas sont visés pour les "blessures involontaires par manquement délibéré", dont quatorze ayant entraîné une incapacité totale de travail supérieure à trois mois, a ajouté cette source.

C'est le deuxième volet de l'enquête, puisque Jacques Servier est déjà poursuivi depuis septembre 2011 pour "tromperie sur la qualité substantielle d'un produit, escroquerie et obtention indue d'autorisation". Les laboratoires Servier sont soupçonnés d'avoir dissimulé la vraie nature du Mediator. Les juges avaient alors imposé quatre millions d'euros de caution à Jacques Servier, ainsi qu'une garantie portant sur six autres millions. Ses sociétés avaient été frappées de 26 millions d'euros de caution et contraintes à une garantie de 39 millions d'euros.

L'évolution vers les charges d'homicides involontaires résulte "des premiers résultats d'expertises rentrées au dossier", qui laisseraient penser que Jacques Servier et ses sociétés n'ignoraient pas les risques liés au Mediator. Ce n'est pas l'avis de l'avocat de Servier, Hervé Temime : "Nous avons présenté de très longues observations aux juges (…) [qui] ont écarté toute dissimulation à l'égard des autorités sanitaires à compter de 1995", a-t-il déclaré.

A Nanterre : "tromperie aggravée"

Une procédure séparée, ouverte sur citation directe de victimes présumées, est en cours devant le tribunal correctionnel de Nanterre pour "tromperie aggravée".

Certaines des victimes présumées comptent sur ce volet pour voir un jour Jacques Servier devant un tribunal, car l'information judiciaire parisienne ne peut mécaniquement déboucher avant plusieurs années.

85% des demandes d'indemnisation jugées irrecevables

Prescrit pendant de longues années comme coupe-faim, le Mediator, un antidiabétique, a été utilisé par 5 millions de personnes en France pendant trente ans, avant d'être retiré du marché le 30 novembre 2009. Le Mediator est à l'origine de graves lésions des valves cardiaques et serait responsable de la mort de 500 à 2 000 personnes en France et de l'hospitalisation de plusieurs milliers d'autres.

Sur plusieurs centaines de dossiers de victimes présumées du Mediator, seulement 46 ont jusqu'ici reçu un avis favorable ouvrant la voie à leur indemnisation, une "lenteur" dénoncée par des associations d'aide aux victimes.

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