Un discours sous tension pour le président sud-africain

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Tous les jours, dans "Un monde d’avance", un coup de projecteur sur une actualité à l’étranger restée sous les radars. Aujourd’hui, le discours annuel du président sud-africain dans un climat tendu, discours qui se tient presque au même moment que celui sur l'état de l'Union du président américain.

En Afrique du Sud, le discours annuel est surnommé SONA, sigle pour State of the nation address. C’est prévu jeudi 7 février en fin d'après-midi, pour l’ouverture de la session du Parlement au Cap. Ce discours du président Ramaphosa, intégralement retranscrit à la télévision, intervient dans un contexte un peu houleux, à trois mois des élections dans ce grand pays de 55 millions d’habitants.

Son gouvernement peine à décrocher des résultats économiques. Le chômage est scotché à un niveau très élevé (27%). L’évolution du secteur minier est particulièrement préoccupante avec de fortes suppressions d’emplois ces dernières années. Une grève générale est annoncée la semaine prochaine. Le contraste est donc saisissant avec "l’état de grâce" de Cyril Ramaphosa il y a pile un an. Lors de ce même discours du SONA, il avait alors suscité l’adhésion générale, avec un slogan en zoulou, "Thuma Mina". C’est un peu intraduisible, ça veut dire à la fois : "retroussons-nous les manches" et "soyons responsables individuellement".  

Pots de vin et corruption

Le sujet numéro un, c’est la corruption, d’autant plus que c’est en incarnant la probité que Ramaphosa est arrivé au pouvoir et a succédé au très corrompu Jakob Zuma. Seulement, un an après, les scandales de corruption continuent en Afrique du Sud. On ne parle aujourd’hui que du scandale Bosasa dans la presse sud-africaine. Bosasa, c’est le nom d’une entreprise de sécurité privée, accusée d’avoir versé des dessous de table à une flopée de dirigeants politiques. Ramaphosa lui-même a dû admettre avoir reçu une "contribution électorale" de l’entreprise, ce qui fait mauvais genre. Les partis d’opposition s’en donnent évidemment à cœur joie pour dénoncer le scandale. Et même les partenaires occidentaux de l’Afrique du Sud s’inquiètent. Londres et Washington affirment que sans un engagement très ferme contre la corruption, les investisseurs ne reviendront pas en Afrique du Sud.  

La réforme agraire, réforme-clé

Et puis il y a une réforme-clé qui attend toujours dans les cartons : la réforme agraire, "mère de toutes les réformes" en Afrique du Sud, la grande promesse de Ramaphosa. La réforme agraire implique la redistribution des terres. Sur le papier, elle semble incontournable tant la répartition, héritée de l’apartheid, est profondément injuste. Un seul chiffre : les Blancs, qui représentent 8% de la population, possèdent 72% des terres ! A l’inverse, les Noirs, 80% de la population, 4% des terres ! Ramaphosa veut donc redistribuer 25 millions d’hectares, il brandit depuis de longs mois la menace des expropriations. Mais la commission qui travaille sur le sujet, tarde à rendre ses conclusions. Parce que la mesure sociale ne suffit pas en tant que telle : encore faut-il qu’après cette réforme, ça fonctionne économiquement. Le président sud-africain en dira sans doute plus lors du SONA : il joue sans doute les élections là-dessus.    

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