Un débat télévisé de dernière minute pour clore la campagne présidentielle en Tunisie

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La Tunisie va désigner son président le dimanche 13 octobre. C’est le deuxième tour de la présidentielle. Et la campagne va sans doute s’achever avec un surprenant débat télévisé de dernière minute.  

Le mercredi 9 octobre dans l'après-midi, l’un des deux candidats en lice, Nabil Karoui, était encore en prison, poursuivi pour fraude fiscale et blanchiment d’argent. Il a donc été libéré dans la soirée. Et les médias tunisiens, la chaîne Watanya en tête, ont aussitôt proposé un grand débat de dernière minute face à son opposant Kais Saied, ce vendredi 11 octobre à 22h, à 36h du vote. Avant le premier tour, il y a déjà eu trois débats, une grande première dans le monde arabe.  

Le journaliste Elyes Gharbi, ancien PDG de la télévision tunisienne, précise que tout est prêt pour accueillir les deux finalistes, avec un format très proche de ce qu’on peut connaître en France dans un entre-deux tours : une brève introduction de trois minutes pour chaque candidat, puis deux heures d’échange, sur des thèmes lancés par les journalistes, avec une répartition équitable du temps de parole. Avant le premier tour, les débats avaient réuni trois millions de téléspectateurs, c’est considérable : ça fait presque un électeur sur deux en Tunisie. Kais Saied, 18% au premier tour, a déjà accepté l’invitation pour le débat final.

Karoui, le showman flamboyant à la Berlusconi

Nabil Karoui, 15% au premier tour, réserve encore sa réponse mais il est probable qu'il réponde favorablement, vu son profil : Karoui, c’est un homme de médias. Beaucoup le surnomment le "Berlusconi tunisien". Il a débuté comme commercial en vendant du dentifrice. Il a désormais a sa propre chaîne de télévision, Nessma, et sa propre compagnie d’affichage, Karoui and Karoui. Il a bâti sa popularité en allant dans les régions défavorisées du pays, distribuer des vêtements, des boîtes de conserve ou du matériel électroménager. Le tout systématiquement devant les caméras de sa chaîne de télé. C’est un showman, un peu à la Trump. Et Karoui, qui est âgé de 56 ans, est aussi controversé que Berlusconi ou Trump, en raison de ses pratiques affairistes et de ses méthodes populistes. D’ailleurs, même s’il a été remis en liberté hier soir, les charges n’ont pas été levées. Il reste soupçonné de malversations financières. Comme les sondages le donnent légèrement en retard par rapport à son concurrent, il va sans doute mettre toutes ses forces dans la bataille.  

Saied, l'austère prof de droit Robocop

Son rival, Kais Saied, est très différent. Saied, 61 ans, est l’incarnation d’une forme d’austérité. Il s’exprime dans un langage châtié, d’une façon posée voire mécanique, à tel point que certains l’ont surnommé Robocop. C’est un ancien professeur de droit, sans appareil politique. Il se présente comme un "monsieur Propre", irréprochable. Et il se pose à la fois en garant des institutions démocratiques nées de la Révolution de 2011, et en défenseur de valeurs conservatrices (sur la limitation des droits des femmes ou des homosexuels). Si le débat a lieu, le contraste entre les deux hommes s’annonce saisissant.  

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