Palestine - Arabie Saoudite : un match de football à la portée diplomatique ambigüe

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France - Turquie n’est pas la seule rencontre de foot à dimension politique. Mardi 15 octobre la Palestine accueille, à domicile, l’Arabie Saoudite. Et l’enjeu est plus que sportif.  

Ce 15 octobre à 15h, heure de Paris, les Palestiniens vont vibrer au stade Al Husseini d’Al Ram, une petite localité située en Cisjordanie, à peu près à mi-chemin entre Jérusalem et la capitale de l’Autorité palestinienne, Ramallah. C’est un événement pour les Palestiniens : jamais la grande Arabie saoudite n’est venue jouer dans les Territoires depuis 1967 et le début de l’occupation israélienne. Le match est tout ce qu’il y a de plus sérieux ; il s’agit des éliminatoires en vue de la Coupe du monde de football 2022 au Qatar. Les deux équipes sont dans la même poule, la poule D de la zone Asie. Et la FIFA a évidemment donné son accord. La délégation saoudienne, composée d’une centaine de personnes, est arrivée dimanche 13 octobre à Ramallah. Les Palestiniens vont donc pouvoir soutenir leur équipe, à domicile. C’est en soi un fait marquant : jusqu’à présent leur équipe a presque toujours été contrainte de jouer dans un pays voisin, le plus souvent en Jordanie. C’est d’ailleurs là que s’était déroulé le précédent match entre Palestiniens et Saoudiens, il y a quatre ans.  

Une première pour la Palestine

Donc quel que soit le résultat, c’est une forme de victoire politique pour les Palestiniens, en tous cas à première vue. Seul le Maroc, parmi les principaux pays arabes, est déjà venu jouer en Palestine. Ajoutons quelques équipes de clubs, venues d’Irak, du Bahreïn, des Emirats. Mais ça n’a pas la même portée symbolique qu’une équipe nationale. L’Autorité palestinienne est donc ravie de la présence de l’Arabie saoudite. Le ministre des Sports Jibril Rajoub, qui s’exprime rarement sur les réseaux sociaux, a tweeté une photo de la délégation saoudienne.

Et pour lui, c’est aussi un succès personnel. Rajoub n’est pas un personnage mineur en Palestine : c’est l’un des successeurs possibles à Mahmoud Abbas, le président palestinien. Avec son portefeuille des sports, il détient un pouvoir non négligeable. C’est le seul portefeuille commun, partagé, entre les deux "frères ennemis" : l’Autorité palestinienne qui pilote la Cisjordanie, et le Hamas qui dirige la bande de Gaza. Ajoutons que les Palestiniens sont de vrais fans de football. Donc si leur équipe l’emporte à domicile contre l’Arabie saoudite, grande favorite de la poule, ce sera la liesse.  

Une reconnaissance implicite d'Israël

Mais ce match profite aussi à Israël et peut-être encore plus. Pourquoi les grands voisins arabes ne sont jamais venus jouer dans les Territoires palestiniens ? Parce que, pour y accéder, il faut un visa israélien. C’est ce qu’ont demandé les Saoudiens cette fois-ci. Et c’est implicitement une forme de reconnaissance de l’Etat d’Israël. Avec lequel l’Arabie saoudite n’a toujours aucune relation diplomatique. D’ailleurs, l’organisation dissidente palestinienne FPLP, et plusieurs chefs religieux palestiniens ont critiqué cette décision saoudienne en la qualifiant de "normalisation de l’occupation israélienne". En fait, c’est l’illustration d’un bouleversement diplomatique en cours. Face à l’ennemi commun qu’est l’Iran, Israël et les monarchies du Golfe se sont beaucoup rapprochés ces dernières années. Le tabou est en train d’être levé, a fortiori avec les jeunes dirigeants du Golfe comme Mohammed Ben Salmane. Donc ce match, c’est aussi, par ricochet, une victoire symbolique pour Israël.  

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