L’Éthiopie sous tension après la mort d'un chanteur contestataire

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Ce pays d'Afrique de l'Est est pris dans un engrenage à la fois étonnant et inquiétant : l’assassinat d’un chanteur a déclenché un cycle de manifestations et de répression.  

On dénombre au moins 90 morts depuis 48 heures, dans la capitale Addis Abeba et dans la ville d’Ambo plus à l’Ouest. Dans ce vaste pays de 110 millions d’habitants, ces événements mettent en péril l’ouverture démocratique à l’œuvre depuis deux ans. Mercredi 1er juillet, les affrontements ont été violents : les manifestants de l’ethnie Oromo entendaient obtenir l’inhumation dans la capitale Addis Abeba du chanteur Hachalu Hundessa, très connu là-bas, et assassiné par balle lundi 29 juin. Ils se sont confrontés à des manifestants d’autres communautés et surtout aux forces de l’ordre qui ont ouvert le feu en particulier à Ambo, la ville de naissance du chanteur. Les funérailles ont finalement eu lieu jeudi 2 juillet dans l'après-midi dans un climat pesant et sous haute surveillance. Les policiers ont également arrêté l’une des figures de l’opposition, Jawar Mohammed. Et le pouvoir a coupé Internet, de toute évidence pour éviter une propagation des violences via des appels sur les réseaux sociaux.  

Un porte parole de l'ethnie oromo

Hachalu Hundessa était la voix de l’ethnie Oromo : un homme jeune, 34 ans, mais engagé depuis son plus jeune âge. Emprisonné pendant cinq ans à l’âge de 17 ans. Il chantait pour la défense des droits de son peuple, depuis longtemps marginalisé économiquement et politiquement en Ethiopie alors que c’est l’ethnie la plus importante du pays. Dans une de ces chansons, il dit notamment : "Lève-toi, prépare ton cheval et combats." L’accession au pouvoir, pour la première fois, d’un membre de l’ethnie Oromo, Abiy Ahmed, premier ministre depuis deux ans, n’avait pas entamé la détermination d’Hachalu Hundessa. C’était donc beaucoup plus qu’un simple chanteur : un emblème. Il affirmait avoir reçu de nombreuses menaces de morts. Et lundi 29 juin au soir, il a donc été tué par balles dans sa voiture, alors qu’il était au volant, dans la banlieue d’Addis Abeba. Difficile de ne pas y voir un meurtre politique, même si, à ce stade, rien n’a filtré sur les premiers résultats de l’enquête.

Un Prix Nobel de la paix interpellé 

Cette affaire met aussi en lumière les doutes qui s’accumulent sur Abiy Ahmed, pourtant consacré prix Nobel de la paix l’an dernier Abiy Ahmed est devenu l’un des grands symboles d’espoir de paix et de réconciliation sur le continent africain. Depuis son accession au pouvoir, le premier ministre a promu de multiples réformes, desserré l’étau d’un régime jusque-là autoritaire, et rétabli les liens avec l’Erythrée voisine. Tout cela lui a donc valu d’obtenir le prix Nobel.  Mais plusieurs dirigeants Oromo lui reprochent de ne pas en faire assez. Et surtout, Abiy Ahmed a décidé de reporter sine die les élections initialement prévues en août. Report pour raison sanitaire, compte tenu de l’épidémie de coronavirus. Même si le bilan en Ethiopie est relativement modéré : 103 morts jusqu’à présent. Cette situation sème donc le trouble. Certains se demandent si Ahmed ne cherche pas à rester au pouvoir. Hier soir le premier ministre s’est contenté de saluer la mémoire du chanteur assassiné en affirmant que les auteurs du meurtre cherchaient à "tuer l’Ethiopie". Sous- entendu en déclenchant des affrontements inter ethniques. Le fait est que ce risque est élevé...

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