Les Serbes défient leur président pour le sixième samedi consécutif

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Ce pays des Balkans connait depuis un mois et demi un mouvement de contestation croissant contre l'autoritarisme du pouvoir.

Il n’y a pas qu’en France où, désormais tous les samedis, il y a de la tension dans les rues. Samedi 12 janvier, pour le sixième samedi consécutif, des dizaines de milliers de Serbes vont manifester leur colère contre leur président, Alexander Vucic. Le rassemblement principal est prévu à 18 heures dans le quartier du Plato, à Belgrade, la capitale. Désormais, tous les manifestants défilent derrière une même banderole sur laquelle est simplement écrit : "Jedan od pet miliona". Ça veut dire : "un sur cinq millions".   Ce slogan a été choisi ^parce qu’après les premières manifestations, Vucic a déclaré : "je ne cèderai pas, même devant cinq millions de manifestants", alors que le pays compte sept millions d’habitants.

"Vucic voleur"

Le mouvement a démarré fin novembre, après le passage à tabac d’un opposant de gauche, Borko Stefanovic. Beaucoup soupçonnent l’œuvre de milices proches du Président. Et depuis, de samedi en samedi, les manifestations prennent de plus en plus d’ampleur. Au départ, il n’y avait que Belgrade. Maintenant on défile aussi dans les autres grandes villes comme Nis et Novi Sad. Le tout aux cris de "Vucic Voleur" et au son de sifflets stridents, le signe de ralliement depuis longtemps dans les manifestations en Serbie.  

La presse menacée

D’abord et avant tout, les manifestants dénoncent la dérive autoritaire, voire violente du pouvoir. Comme à la fin des années 90 face, à l’époque, au pouvoir de Slobodan Milosevic. Il faut dire que l’actuel président, Alexander Vucic, a un parcours assez particulier : aujourd’hui, il fait figure en Europe de libéral modéré de centre droit. Mais il a débuté son parcours politique parmi les ultras nationalistes serbes. Il a aujourd’hui 48 ans. Son bilan économique est correct. En revanche, il s’est durci en matière de liberté publique. Le pire, c’est la situation de la presse : la radio-télévision publique est totalement sous contrôle, les opérateurs télécoms aussi. Il ne subsiste que quelques journaux indépendants, comme "Danas" ou "Nin". Et les plus radicaux dans l’entourage de Vucic multiplient les intimidations contre les journalistes. A l’arrière-plan, il y a aussi la Russie qui joue un rôle trouble dans le pays, Vladimir Poutine sera d’ailleurs à Belgrade la semaine prochaine.  

Un mouvement non politique

Est-ce que ce mouvement de protestation peut avoir un débouché politique ? C’est très incertain. De ce point de vue c’est comparable aux "gilets jaunes" : il n’y a pour l’instant aucune structuration politique de ce mouvement de protestation. Il a été initié en grande partie par des artistes et étudiants, et se structure autour de figures comme le comédien Branislav Trifunovic. De nombreux dirigeants politiques défilent dans les cortèges, mais ils n’osent pas s’exprimer au nom du mouvement. Ils seraient taxés de récupération. En fait, l’opposition à Vucic est peu crédible et divisée. C’est aussi pour ça que le président serbe se sent à l’abri. On le dit même prêt à organiser des élections anticipées pour décrocher un nouveau mandat.   Mais en attendant, le flot des manifestants ne cesse de grossir.  

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