Le tabac, "pétrole vert" du Malawi, bloqué par les douanes américaines

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Au Malawi, petit pays d'Afrique australe qui compte parmi les plus pauvres de la planète, le tabac représente 60% des entrées de devises. Il empoisonne aussi les enfants, contraints de travailler pour aider leurs familles. Face à ce drame, les douanes américaines annoncent le gel des importations de tabac malawite. Au risque d'aggraver encore la pauvreté dans le pays.

Le gel américain des importations de tabac en provenance du Malawi, effectif depuis le 1er novembre, est un coup de massue pour les producteurs et les autorités, déjà fragilisés par la baisse mondiale de la demande, du fait des campagnes anti-tabac. Cette mesure ne vise qu'une partie de la production, mais en terme d'image ses conséquences sont lourdes, sachant qu'au Malawi, la majorité du secteur privé dépend de la culture du tabac, de l'industrie aux banques en passant par les assurances et les entreprises de logistique.

Les enfants, premières victimes de la "maladie du tabac vert"

L'objectif poursuivi par les douanes américaines est de lutter contre le travail forcé, notamment celui des enfants. Officiellement, près de 40% des malawites âgés de 5 à 17 ans sont en effet contraints de travailler, et les ONG estiment à 80 000 le nombre d'entre eux mis à contribution dans les plantations, pour produire le tabac le moins cher du monde. Or ces enfants ouvriers sont particulièrement exposés à la "maladie du tabac vert", une intoxication à la nicotine, due au contact prolongé avec le tabac frais. Selon une étude publiée par l'ONG Plan il y a dix ans, une journée passée dans une plantation équivaut à fumer 50 cigarettes. La plupart du temps, la maladie est mal diagnostiquée, car les symptômes sont identiques à ceux du paludisme : migraines violentes, douleurs abdominales, faiblesse musculaires, difficultés respiratoires.

British American Tobacco poursuivi pour travail forcé

Le gel des importations décidé par les douanes américaines intervient au lendemain du lancement d'une procédure pour travail forcé contre le numéro 1 mondial de la cigarette, British American Tobacco - qui distribue les Pall Mall, Dunhill et autre Lucky Strike. Le cabinet d'avocat londonien à l'origine de la plainte représente 2 000 producteurs du Malawi. Il reproche à British American Tobacco un "enrichissement injuste" grâce au travail de paysans "très mal payés" et "qui n'ont d'autre choix que de faire travailler leurs enfants". "Il est grand temps que les multinationales rendent des comptes", concluent les plaignants. Mais le paradoxe est que ces mêmes multinationales pourraient profiter des mesures de rétorsion américaines. Les producteurs malawites craignent en effet qu'on leur impose des prix d'achat encore plus bas, sous prétexte que le marché américain est fermé.  

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