Le riz basmati au cœur d'un bras de fer entre l'Inde et le Pakistan

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Les deux pays se livrent, en Europe, à une bataille commerciale à distance, autour du monopole de l’appellation de ce type de riz.

Vous y penserez la prochaine fois que vous allez faire cuire du riz : derrière un simple grain se cache un énorme bras de fer. L'Inde et le Pakistan, traditionnellement rivaux, sont loin d’un accord à l’amiable. À tel point que l’Europe vient de prolonger jusqu’au mois de septembre la période de négociation autorisée.

Tout a commencé à la fin de l’été dernier, lorsque l’Inde a déposé auprès de la Commission européenne ce qu’on appelle une "demande d'indication géographique protégée". C’est un peu l’équivalent, au niveau européen, de la célèbre AOC utilisée en France. Un droit de propriété intellectuelle. En résumé, l’Inde a demandé à être reconnue "producteur exclusif du riz basmati", au motif que ce produit aromatique, aux grains longs, est originaire des contreforts indiens de l’Himalaya : les régions du Pendjab, de l’Haryana, de l’Uttar Pradesh, du Jammu et Cachemire. Mais le Pakistan, voisin de ses régions indiennes, produit le même type de riz. Islamabad a donc contre-attaqué en s’opposant à ce monopole, en déposant à son tour le nom basmati, et en saisissant lui aussi l’Union européenne. Face à ce type de contentieux, la procédure à Bruxelles est de favoriser un accord à l’amiable. Sauf que les deux pays ne veulent toujours pas se parler.

Un marché gigantesque

L’enjeu commercial est énorme : l’Inde et le Pakistan sont, avec le Kenya en Afrique, les trois grands producteurs mondiaux de riz basmati. Les volumes dont on parle sont gigantesques. L’Inde exporte près de 10 millions de tonnes de riz par an, pour une valeur estimée à 6 milliards d’euros. Le Pakistan en exporte 4,5 millions de tonnes, pour une valeur évaluée autour d’un milliard et demi d’euros.

En plus, le marché est en croissance ces dernières années, en particulier en Occident, avec l’essor de la cuisine indienne, le biryani par exemple, où le riz basmati est indispensable. L’Europe en importe, au total, de l’ordre de 300 000 tonnes par an, pour les deux tiers en provenance du Pakistan. Cette domination du Pakistan sur le marché européen s’explique par une capacité supérieure à l’Inde à s’adapter aux normes sanitaires imposées par Bruxelles en particulier sur l’utilisation des pesticides. En tout cas, pour les petits paysans concernés, en Inde comme en Pakistan, l’exportation est une question de survie.

Au bord de la guerre en 2019

C'est donc aussi un contentieux de plus entre les deux pays : l’Inde (1,4 milliard d’habitants) et le Pakistan (210 millions d’habitants) sont à couteaux tirés depuis leur création respective en 1947, la partition des anciennes Indes britanniques et l’exode d’une grande partie de la population musulmane vers le Pakistan. Le pouvoir hindouiste et nationaliste de Narendra Modi, au pouvoir en Inde, ne rate jamais une occasion de faire monter la tension avec son voisin, notamment en stigmatisant les musulmans.

Les accrochages militaires sont récurrents dans la zone du Cachemire, les derniers remontent à 2019. On était alors au bord de la guerre entre deux pays qui, rappelons-le, possèdent tous deux l’arme nucléaire. Le climat est aujourd’hui un peu plus calme. Mais la rivalité passe donc désormais par nos assiettes. La logique voudrait que l’Inde et le Pakistan s’entendent pour une candidature conjointe sur la dénomination "basmati". Mais la logique trouve rarement sa place entre les deux pays.

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