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Le Liban au bord du dépôt de bilan

Depuis la mi-octobre, le Liban est secoué par une contestation populaire aussi massive qu'inédite. Sans gouvernement, il s'enfonce dans une crise économique et sociale sans précédent.

Le pays du Cèdre est à la dérive, à deux doigts de la faillite financière. Le communiqué final du Groupe international de soutien au Liban, qui s'est réuni mercredi à Paris, met en garde clairement contre "un risque de délitement chaotique de son économie".

Traduction : le système bancaire libanais est en train d'imploser ! La Banque centrale a imposé un contrôle des changes de facto. Les gens ne peuvent retirer que 100 dollars par semaine aux guichets automatiques et ils n'ont plus le droit de transférer leur argent à l'étranger. Des mesures radicales pour empêcher des retraits massifs qui menaceraient alors tout le système bancaire libanais. La monnaie locale, la livre, a pratiquement perdu la moitié de sa valeur en deux mois. Concrètement, les Libanais ne remboursent plus leur crédit immobilier ou automobile. Ils ne paient plus l'école de leurs enfants, ce qui veut dire que les enseignants ne sont plus rémunérés.

Vers des émeutes de la faim ?

C'est toute l'économie qui se grippe progressivement. Les entreprises mettent la clé sous la porte. Les importations se réduisent de jour en jour, faute de pouvoir payer les fournisseurs en dollars. Les conséquences sont dramatiques, notamment dans le secteur de la santé, les médicaments et les vaccins qui venaient de l'étranger commencent à manquer dans les pharmacies et les hôpitaux.

Si aucune solution n'est trouvée très rapidement, des "émeutes de la faim" pourraient éclater dans les prochains mois. Les donateurs internationaux conditionnent leur soutien financier à deux préalables. D'abord, la formation en urgence d'un gouvernement efficace et crédible. Autrement dit, un cabinet qui aura l'aval de la rue libanaise. À Beyrouth, on parle d'une équipe gouvernementale composée de technocrates ou de spécialistes.

Le Liban, un "tonneau des danaïdes"

La deuxième condition c'est que les responsables libanais doivent mettre en oeuvre des réformes profondes, comme ils s'y étaient engagés en avril 2018 lors de la conférence CEDRE. Les donateurs avaient alors promis 11 milliards de dollars, qui n'ont pas été décaissés, faute de visibilité.

La première de ces réformes, c'est la transparence financière et la lutte contre la corruption. Depuis la fin de la guerre, il y a 30 ans, le Liban ressemble à un "tonneau des Danaïdes". Plus le pays reçoit de l'argent et moins la population libanaise en voit la couleur, en terme de services publics comme l'électricité, l'eau ou le traitement des déchets. Venir en aide à un système calcifié par la corruption n'est pas forcément la bonne option !