Le Kosovo crée son armée

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Au coeur des Balkans, vingt ans après la guerre avec la Serbie, ce petit pays décide de se doter d'une armée : prémices d'un nouveau conflit ou simple acte de souveraineté politique, on a le droit de s'interroger.

Ushtri, c’est le mot qui s’affiche partout vendredi 14 décembre dans la presse de ce petit pays de deux millions d’habitants au cœur des Balkans. La télévision nationale est même en édition spéciale depuis ce matin pour célébrer la naissance de "Ushtri", ça veut dire "l’armée". En fin de matinée, le Parlement kosovar a voté pour, 105 voix sur 120. "C’est historique", s’est exclamé le président du pays Hashim Taçi, en treillis militaire, alors que d’habitude il est presque toujours en civil.

Rappelons qu’il y a 20 ans, 13 000 personnes ont été tuées dans cette partie de l’Europe, lors du conflit entre la Serbie et la Kosovo, conflit qui s’est achevé par une intervention de l’OTAN. Depuis, la sécurité dans le pays est assurée par les 4 000 soldats de la force internationale de la KFOR et par 2 500 hommes des KSF, les forces de sécurité du Kosovo. Mais jusqu’à présent, elles ont uniquement des tâches de police et de sécurité civile. Changement de pied : le Kosovo aura donc désormais une armée, avec pour objectif 5 000 soldats et 3 000 réservistes.

Une tension croissante avec la Serbie

Evidemment, une armée de plus et des bruits de bottes dans cette région très instable historiquement, ce n’est pas très rassurant. Chez le voisin serbe, qui dispose de 30 000 soldats, la presse populaire écrit même : "la guerre commence demain". Et dans la zone frontalière, chacun montre ses forces. Drapeaux serbes d’un côté, drapeaux américains de l’autre : les États-Unis sont les principaux soutiens du président kosovar. L’inquiétude semble particulièrement forte parmi les 120 000 Serbes qui vivent sur le sol du Kosovo. Et tout cela s’inscrit dans un contexte de tension croissante entre les deux pays, avec l’instauration le mois dernier par le Kosovo de barrières douanières pour les produits serbes. L’OTAN et l’Union Européenne voient cela d’un mauvais œil. Même si Hashim Taçi assure n’avoir aucune intention de déclencher une nouvelle guerre avec la Serbie. Pour lui, la création de cette armée est d’abord un acte de souveraineté politique, pour signifier que le pays possède tous les attributs d’un État. Il faut rappeler que le Kosovo n’est reconnu que par 115 pays dans le monde. La Russie et la Chine lui interdisent l’entrée à l’ONU.  

Une impasse politique

A la fin de l’été dernier, il y avait pourtant eu une amorce de processus de paix. Les deux présidents serbe et kosovar avaient envisagé un échange de territoire : l’extrême Sud de la Serbie à majorité albanaise kosovar contre le nord du Kosovo, à majorité serbe. L’initiative était soutenue par une partie des chancelleries occidentales, mais elle a capoté. Il faut dire qu’elle est controversée : elle s’apparente à un processus d’homogénéisation ethnique et risque d’ouvrir d’autres conflits territoriaux dans les Balkans. En attendant, c’est donc l’impasse, pour ne pas dire plus. Et l’Union Européenne est aux abonnés absents alors que cela se passe au cœur du continent.

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