Le coprésident de la Bosnie ne veut pas de la Bosnie

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Après les élections générales de dimanche en Bosnie, dans les Balkans, l'un des co-présidents du pays devrait être un Serbe qui ne souhaite qu'une chose : la décomposition de la Bosnie.

Imaginez que l’un des trois principaux personnages de l’État français dise : "Je n’aime pas la France, c’est un pays raté !"  Voilà à peu près la situation dans laquelle se retrouve aujourd’hui la petite Bosnie, au cœur des Balkans, entre Croatie et Serbie. A l’issue des élections générales de dimanche 7 octobre, l’un des co-présidents du pays devrait être Milorad Dodik. Et cet homme de 59 ans dit pis que pendre de la Bosnie : pour lui, je cite, "ce n’est pas un État, et sa capitale Sarajevo, est un "territoire étranger". Avouez que c’est une situation peu banale.

Explication : Dodik l’a emporté, nettement, dans la partie "serbe" de la Bosnie. Il a un parcours particulier : modéré à la fin de la guerre des Balkans, il s’est progressivement radicalisé. Pour devenir aujourd’hui un nationaliste pro-russe, qui vante les exploits des anciens tortionnaires Mladic et Karadzic. Et il a un objectif avoué : la décomposition de la Bosnie.  

Un conflit larvé entre trois communautés

Cette bizarrerie est un résumé de la Bosnie. A la fin de la guerre entre les différentes communautés du pays, en 1995, après 100 000 morts, l’organisation de la Bosnie est gérée par les accords de Dayton. Ces accords mettent en place un système complexe. Objectif : que les trois communautés principales, les Bosniaques musulmans, les Serbes orthodoxes et les Croates catholiques, se sentent chacune représentée. Il y a donc une présidence collégiale. Hier, les trois hommes sortis vainqueurs sont, outre le nationaliste serbe Dodik, un Bosniaque très identitaire lui aussi (Dzaferovic) et un Croate modéré (Covic). En fait, Dodik n’a pas tout à fait tort de dire que l’Etat n’existe pas en Bosnie. Il y a plutôt la coexistence de plusieurs pouvoirs. Parce qu’il faut aussi ajouter dans ce paysage les dix gouvernements locaux. Résultat : 180 ministres sur un territoire grand comme une région française. Et une corruption généralisée. Un seul exemple révélateur: le nombre d’électeurs invités à voter dimanche. Officiellement trois millions 350 000. Problème : le pays compte 3 530 000 habitants. Vous voyez le hic : il n’y aurait donc, si on fait une soustraction, que 180 000 personnes mineures dans le pays. Autrement dit, en Bosnie, on fait voter les morts pour s’assurer d’une majorité.  

La déliquescence de l'État et l'exode de la population

Au-delà de ces profils nationalistes, on peut toujours redouter une explosion de violence car les Balkans restent une poudrière. Et les trois présidents auront du mal à s’entendre. La formation d’un gouvernement central s’annonce compliquée. Mais le plus probable, c’est surtout une lente déliquescence. Vu le taux de chômage (20%), vu le niveau de vie, vu la corruption, les habitants ont surtout tendance à choisir l’exode vers les pays voisins. En particulier les élites, les travailleurs qualifiés et les jeunes. Et comme personne ne veut toucher au tabou des frontières de peur de rouvrir les vieux conflits dans les Balkans, le statu quo s’impose. Et la Bosnie s’enlise.  

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