La Russie envisage d'isoler son internet du reste du monde

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Le régime de Vladimir Poutine vient de réaliser des tests qui pourraient lui permettre de se couper numériquement du monde. C'est la porte ouverte à une censure renforcée.

Appelez-le "runet" et non plus "internet". Runet pour .ru comme Russie, c’est le nom de code de ce projet testé lundi 23 décembre dans tout le pays avec des coupures partielles. Le ministre des Communications, Alexei Sokolov, s’est dit satisfait de ces essais et il va désormais présenter son plan à Vladimir Poutine.  

Le principe est simple : il s’agit, comme c’est déjà le cas en Chine, de pouvoir fermer les robinets qui permettent d’échanger avec le monde extérieur. En clair, ce ne serait plus un internet, mais un intranet, en vase clos, pour les 145 millions de Russes. Le pouvoir se donne deux ans pour en finir avec les échanges de mail avec l’étranger ou l’accès à tous les sites mondiaux. L’objectif officiel peut s’entendre, il s'agit de pouvoir, si nécessaire, se protéger contre des cyber-attaques extérieures ou des entreprises généralisées de désinformation en préservant les grands services de l’Etat, tout comme le réseau bancaire. Techniquement, ça passe par l’installation d’infrastructures autonomes pour échapper à ce que les informaticiens appellent les DNS, les 13 serveurs racines qui irriguent internet dans le monde. 

Telegram dans le viseur

C’est en fait la mise en œuvre d’une loi adoptée le mois dernier : elle s’appelle "loi pour un Internet sûr et durable". Elle prévoit aussi toute une série de mesures répressives en particulier en cas de "diffusion de fausses nouvelles" ou de "manque de respect aux autorités". Dans le premier cas, on risque jusqu’à 13 000 euros d’amende. Dans le deuxième cas, jusqu’à 15 jours de prison, surtout si on a le malheur de trop critiquer Vladimir Poutine.

La loi vise notamment les médias en ligne, qui échappent jusqu’à présent à la censure de l’Etat et qui sont suivis par les plus jeunes. Dans le viseur par exemple : l’application de messagerie Telegram. La loi a enfin pour objectif de "russifier" l’annuaire numérique : en d’autres termes reprendre le contrôle de tous les sites basés dans le pays, et dont le nom de domaine s’achève par .ru.

Une surveillance généralisée du web

Tout cela ouvre évidemment la porte à une censure accrue, craignent les associations de défense des droits de l’homme. Ces projets vont accroître le contrôle de l’Etat sur la toile, via le gendarme russe des Télécoms. Il s’appelle Roskomnadzor, c’est une sorte de Conseil supérieur de l’audiovisuel puissance mille.

Avec cette législation et la mise en œuvre potentielle de cet intranet russe, il aura le pouvoir de tout surveiller, et de censurer à sa guise, sur tout ou partie du territoire. Cela dit, la mise en place ne sera peut-être pas si simple. Il faut s’attendre à une opposition politique. Il y a déjà eu des manifestations à Moscou et Saint Pétersbourg au printemps dernier. Et puis surtout, techniquement, le défi est très important alors qu'en Chine cela avait été plus simple car dès le début internet avait été conçu derrière une grande muraille numérique. Les Russes seront sans doute nombreux à mettre en place des passerelles, des systèmes informatiques de contournement.  

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