La Grèce au bord de la crise politique à cause du nom de son voisin macédonien

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Le gouvernement grec affronte un vote de confiance au Parlement face à l'opposition d'une grande partie de la classe politique à l'adoption du nouveau nom du pays voisin, la Macédoine du Nord.

C’est une histoire de patronyme : la Grèce s’écharpe sur l’appellation de son petit voisin du Nord, la Macédoine. Vu d’ici, ça peut paraître ridicule et anecdotique, mais en Grèce, c’est un débat central qui sème la zizanie dans toute la société. Depuis quelques jours, le gouvernement d’Alexis Tsipras, qui est au pouvoir depuis trois ans et demi, fait de la corde raide sur ce sujet. Mardi 15 janvier, il s’est décidé à solliciter un vote de confiance du Parlement, organisé mercredi 16 janvier au soir.

Tsipras a besoin de 150 voix, mais son parti, Syriza, de gauche, ne possède que 145 députés. Il vient de perdre son allié de gouvernement, le petit parti nationaliste ANEL : sept députés. Pas besoin d’être fort en soustraction pour comprendre le problème. Le chef d’ANEL a jeté l’éponge car il refuse l’accord passé avec le voisin macédonien, qui entérine le nom de "République de Macédoine du Nord". Tsipras va donc devoir trouver d’autres soutiens d’ici-là. Même s’il obtient la confiance, il lui faudra encore affronter un second vote du Parlement, d’ici fin janvier, cette fois précisément sur le nom du voisin. Un contentieux vieux de 30 ans.

Un nom "inacceptable"

Cette histoire empoisonne la région depuis près de 30 ans, depuis l’éclatement de l’ex-Yougoslavie en différents pays, dont la Macédoine, deux millions d’habitants, 25 000 km2, c’est-à-dire à peu près deux départements français. Pour de nombreux Grecs, en particulier les plus nationalistes, ce nom de Macédoine est inacceptable, parce que c’est aussi le nom d’une région grecque au Nord de leur propre pays. Et par-dessus le marché, cette région est la terre de l’une des figures historiques emblématiques de la Grèce, Alexandre le Grand, quatre siècles avant Jésus-Christ. Le sujet est donc affectif, irrationnel.

En juin dernier pourtant, les deux gouvernements des deux pays sont passés outre ces réticences pour conclure un accord qui entérine donc la formulation "République de Macédoine du Nord". L’Union européenne y est très favorable, elle y voit un symbole de paix et elle en a même fait une condition à l’ouverture de négociations d’adhésion à l’Europe pour la Macédoine. Mais ce soutien européen n’est d’aucune aide pour Tsipras, parce que de nombreux Grecs voient dans l’Europe la cause de leurs malheurs. En fin de semaine, la droite et les mouvements nationalistes pourraient donc organiser à Athènes une grande manifestation d’opposition à cet accord.

Un débat pollué par la campagne électorale

Et ce qui complique la donne, comme partout en Europe, c’est que la campagne pour les élections européennes débute, donc il y a beaucoup d’arrière-pensées dans tous les partis, à cinq mois du scrutin européen. Le parti souverainiste qui vient de faire éclater l’accord de gouvernement espère attirer les votes des opposants à l’accord. À l’inverse, Tsipras espère en sortir avec la stature d’un homme de paix et il mise ensuite sur une amélioration de la situation économique dans les mois qui viennent. Pour la première fois depuis huit ans, la Grèce vient d’adopter un budget un peu moins austère, avec le rétablissement de certaines aides sociales. S’il perd le vote, il y aura des élections anticipées, avec un résultat très incertain.

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