La drague sur Facebook, ça ne sera pas pour tout de suite

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Les européens ne vont pas pouvoir faire immédiatement des rencontres amoureuses sur Facebook. Le lancement de l'application "Facebook Rencontres", qui devait avoir lieu jeudi sur le continent, est repoussé sine die.

Cour dur pour les célibataires français, les lovers espagnols et les séducteurs italiens qui attendaient avec impatience "Facebook Rencontres" (connu à l'étranger sous le nom de "Facebook Dating"), le service de rencontres du géant du réseau social. Cette fonction de l'application est déjà présente dans une vingtaine de pays, en Amérique Latine, en Asie, ou encore aux États-Unis. Elle devait être déployée en Europe jeudi 13 février, mais au dernier moment l’entreprise a tout reporté, sans annoncer de nouvelle date.

Pas de respect de la RGPD

En cause, un flou quant à la gestion des données personnelles. Facebook devait en effet attester que son service serait compatible avec le RGPD, le règlement européen de protection des données personnelles, bien plus contraignant que les lois américaines.

On ne sait pas précisément quels points ont irrité les autorités irlandaises, auxquelles Facebook doit rendre des comptes puisque son siège social européen se situe à Dublin. Mais pour se plier au fameux RGPD, Facebook ne doit par exemple utiliser les algorithmes pour profiler ses utilisateurs qu'avec leur accord explicite, il doit pouvoir les informer en cas de piratage de leurs données, et leur permettre de demander la suppression des données qui leur sont liées.

Une inspection dans les locaux de Facebook

Or, mercredi 12 février, Facebook n'avait toujours pas fourni les documents demandés à la Data Protection Commission (DPC), qui se trouve être le gendarme irlandais des données personnelles.

Il faut dire que Facebook a préparé le lancement de son application sans vraiment se concerter avec l'agence. La DPC n'a appris qu'au début du mois que la date d'ouverture prévue était celle de la Saint-Valentin. Le délai était un peu court, ça ne lui a pas plu et elle l'écrit dans un communiqué de presse assez sec. Les autorités irlandaises regrettent également qu'aucune information ni aucune documentation n'a été transmise par Facebook. En début de semaine, l'agence a donc envoyé ses agents dans les locaux de Facebook à Dublin pour y mener une inspection et ramasser quelques documents qu'elle est toujours en train d'analyser.

"Facebook Rencontres" vs Tinder

 Avec "Facebook Rencontres", le géant d'internet arrive sur un marché très concurrentiel. Pour le moment en Europe, comme un peu partout ailleurs, le leader incontesté est Tinder, avec 1,2 milliard de dollars de revenus l'an dernier, pour un marché global estimé à 2,2 milliards.

Mais "Facebook Rencontres" a de solides arguments. D'abord, il est adossé au premier réseau social mondial qui compte deux milliards et demi d'utilisateurs actifs. Des utilisateurs qui peuvent se créer un profil amoureux en quelques secondes seulement, grâce aux photos et aux informations que l'application récupère sur leur profil existant.

"Facebook Rencontres" compte également se démarquer de l'image superficielle et addictive de ce genre d'applications en proposant des "relations durables, pas seulement des plans d’un soir". Le fondateur et actuel PDG de Facebook, Mark Zukerberg, assure que cette nouvelle application compte déjà "parmi les premiers services de rencontre en ligne". En septembre, le jour de son lancement aux États-Unis, l'action Tinder a encaissé le choc et perdu plus de 4% en bourse.

Le service est complètement gratuit, contrairement à ses principaux concurrents qui ont pour la plupart choisi le modèle du freemium : un service gratuit mais avec certaines fonctionnalités payantes. "Facebook Rencontres" s'inspire de des applications déjà existantes et y fait quelques ajouts. Mais ce qui intéresse surtout la marque, c'est d'inciter les utilisateurs à renouer avec le partage de contenus et de données privées.

Facebook tente de racheter son image

Car après une série de scandales sur sa gestion des données personnelles, notamment celui de Cambridge Analytica, une société britannique qui avait utilisé les données personnelles de dizaines de millions d'usagers à leur insu pour influencer la présidentielle de 2016, en faveur de Donald Trump, le géant du web tente de restaurer son image auprès des internautes. 

Il offre depuis peu la possibilité aux utilisateurs d'effacer toutes les données collectées depuis des sites internet extérieurs et utilisées par Facebook pour cibler ses publicités. Il annonce également pour les mois qui viennent la création d'une sorte de Cour Suprême, composée de personnalités indépendantes et dirigée par un activiste des droits de l'homme, qui aura le dernier mot dans les litiges concernant la suppression de contenus problématiques.

Une enquête réalisée en décembre dernier aux États-Unis révélait que seules 23% des personnes interrogées jugeaient Facebook capable de protéger leurs données personnelles. La perspective de rencontrer le grand amour va-t-elle faire sauter ces réticences ? Nous sommes de plus en plus nombreux à rencontrer notre partenaire en ligne : c'est déjà le cas de près de 30% des Américains.

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