La Coupe d'Afrique des Nations de football est une opportunité politique pour le pouvoir égyptien

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Tous les jours, dans "Un monde d’avance", un coup de projecteur sur une actualité à l’étranger restée sous les radars. Aujourd’hui, l’Egypte, qui accueille à partir de ce vendredi 21 juin au soir la CAN, la Coupe d’Afrique des Nations de football. Le pouvoir d’Abdel Fattah el-Sissi y voit d’abord l’occasion de redorer son blason politique.

Toute l’Égypte va s’arrêter pour regarder le match d’ouverture de la Coupe d'Afrique des Nations (CAN) ce vendredi soir, qui oppose l’équipe nationale au Zimbabwe. Ces derniers jours, le président Abdel Fattah el-Sissi a déjà essayé de tirer profit de l’évènement, alors que son image s'est détériorée, notamment après la mort de son prédécesseur Mohammed Morsi. Le pays stagne à la 163e place du classement mondial de la liberté de la presse établi par l’ONG Reporters sans Frontières.

Opération de communication

La CAN tombe donc à pic pour redorer le blason du président. Il y a quelques jours, en polo et tenue sport, il est allé voir l’équipe nationale à l’entraînement : une bonne opération de communication. Du pain et des jeux, comme on disait dans la Rome antique, afin de calmer la colère du peuple. Faute d’avoir toujours du pain ou du travail et faute de pouvoir s’exprimer librement, la jeunesse égyptienne (plus de la moitié de la population a moins de 20 ans) va au moins se changer les idées en pensant football.

Mohammed Salah, la star courtisée

Abdel Fattah el-Sissi compte aussi sur la star de cette équipe égyptienne pour attirer la sympathie : Mohammed Salah. Le joueur de Liverpool, vainqueur cette année de la Ligue des Champions avec son équipe et sixième au dernier Ballon d’Or, est sans aucun doute la personnalité la plus populaire en Égypte aujourd’hui.

Le président compte sur lui pour assurer une huitième victoire de l’Égypte dans la compétition : ce serait un bol d’air politique. Mais Salah se méfie et se garde de bien de formuler des opinions. Quant à l'équipe, elle est loin d'avoir le niveau de sa star, conséquence de longues années de sous-investissement dans le football dans le pays. La victoire finale est donc loin d’être assurée.

Le tourisme objectif indirect

Autre enjeu majeur pour le président Sissi : prouver que l'Égypte est capable d’organiser de grands événements de ce genre. Le dispositif de sécurité s’annonce très musclé pendant un mois et le prix des places a été délibérément fixé à un niveau prohibitif pour avoir un public trié sur le volet. Si tout se passe sans incident, l’Egypte peut espérer en ressortir avec une image de leadership en Afrique, où la CAN est extrêmement suivie.

L'objectif est aussi économique. Il faut convaincre les touristes européens et asiatiques de revenir dans le pays, bien que le tourisme ait redémarré depuis deux ans et enregistré 16% de hausse l’an dernier. Il génère aujourd'hui deux millions et demi d’emplois dans le pays. Une CAN réussie représenterait potentiellement des dizaines voire des centaines de milliers de touristes en plus l’an prochain. C’est aussi ça, le football !

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