La Birmanie dans l'impasse, 100 jours après le putsch militaire

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La répression continue, mais les manifestations aussi dans ce pays d'Asie du Sud qui s’enfonce dans le chaos aux mains des militaires depuis le coup d'État du 1er février.

Depuis qu’ils ont repris le pouvoir, les militaires birmans en sont revenus à leur vieux logiciel, celui qui les a fait diriger ce pays de 54 millions d’habitants d’une main de fer pendant 50 ans. Après dix années de parenthèse démocratique, l’armée, Tatmadaw comme tout le monde l’appelle en Birmanie, est d’abord une machine à réprimer: près de 800 civils tués en trois mois et près de 4 000 autres arrêtés et retenus en détention dans des conditions opaques. La torture et les exécutions extra judiciaires sont monnaie courante.

La prix Nobel de la paix Aung San Suu Kyi est toujours assignée à résidence après avoir été inculpée pour plusieurs motifs fantaisistes, par exemple la détention de talkies walkies. Elle devrait comparaître devant la justice le 24 mai. Le haut état-major de l’armée se considère comme détenteur du bien et de la cohésion nationale. Sans perdre de vue ses intérêts propres : la famille du nouveau chef de la junte, Ming Aung Hlaing, contrôle la principale holding économique du pays. Donc les militaires ne vont pas céder facilement.  

Une opposition déterminée et restructurée

Mais cela n’empêche pas, en face, l’opposition de rester mobilisée: la contestation n’a jamais cessé depuis le 1er février. Elle est en grande partie le fait des jeunes et des femmes. La mobilisation s’opère en grande partie par les réseaux sociaux, conduisant par exemple à des blocages des axes de circulation qui prennent les militaires par surprise. Le pays reste également en grande partie paralysé par une grève générale, qui touche à la fois les ports, les universités, les banques ou les hôpitaux.

Et l’opposition cherche à se structurer politiquement. C’est compliqué, à la fois parce que plusieurs dirigeants ont été arrêtés, et aussi parce que les divisions ethniques sont nombreuses : les rebelles, Shans, Karens, ou Kachins se méfient de l’ethnie bouddhiste majoritaire, les Bamars, dont est issue la Ligue Nationale pour la Démocratie d’Aung San Suu Kyi. Néanmoins, mi-avril, l’opposition a réussi à constituer un gouvernement d’unité nationale qui regroupe des représentants de plusieurs ethnies. Il s’est réfugié dans le nord et l'est du pays, dans les zones contrôlées par les rebelles.  

Le pouvoir d'influence de la Chine

La porte de sortie n’est pas évidente à trouver. Le risque est élevé de voir les violences augmenter. Surtout si le pays reste paralysé par les mouvements de grève : c’est tout le système d’enrichissement personnel des militaires qui est menacé. Début mai, près de 200 ONG ont demandé au Conseil de Sécurité de l’ONU d’imposer un embargo sur les armes à destination de la Birmanie.

Mais la Russie et surtout la Chine, alliée traditionnelle des militaires birmans, s’y opposent. Cela dit à terme, la Chine n’a pas nécessairement intérêt à ce que le chaos perdure chez son voisin du sud. Elle a de gros projets économiques en Birmanie (construction de pipelines, de ports en eaux profondes) et l’instabilité politique dans le pays n’est donc pas une bonne nouvelle pour Pékin. Mais nul ne sait exactement quel est le pouvoir d’influence du pouvoir chinois sur la junte militaire birmane.        

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