L'invasion de criquets en Afrique se propage au Soudan du Sud

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L'Afrique de l'Est est confrontée depuis plusieurs semaines à une invasion de criquets pèlerins. La situation se dégrade, avec de nouveaux pays touchés.

C’est donc désormais le Soudan du Sud qui est confronté au fléau des criquets pèlerins. Le gouvernement sud-soudanais vient de l’annoncer mardi 18 février. Plusieurs milliers de criquets ont été repérés, il s’agit sans doute d’éclaireurs qui vont repérer des zones de ponte avant une invasion massive.

Le mot est d’ailleurs faible. Il faut imaginer que chaque essaim peut faire la taille d’une grande ville, et regrouper des millions de criquets, la plupart de couleur jaune. En quelques heures, ils peuvent détruire des récoltes entières Les images qui nous parviennent d’Afrique de l'Est sont absolument sidérantes, avec d’immenses nuages de criquets. Leur arrivée au Soudan du Sud est d’autant plus préoccupante que ce pays de 12 millions d’habitants est très fragile. Né de la scission avec le Soudan (au nord) il y a neuf ans, il se remet à peine de cinq ans de guerre civile, et c’est l’un des plus pauvres au monde. 60% de la population est déjà en situation d’insécurité alimentaire.

Du Yémen jusqu'au Soudan

Tout a commencé il y a un peu plus de six mois à l’est du continent, en Somalie, et cela se propage peu à peu vers l’ouest et vers le nord. Successivement, le Kenya, l’Ethiopie, l’Erythrée ont été touchés, puis l’Ouganda tout récemment, qui vient de mobiliser l’armée pour faire face à la situation. Dernier en date donc, le Soudan du Sud. Les vents devraient ensuite pousser les insectes vers le nord, en direction du Soudan. C’est la pire invasion de criquets depuis plus de 30 ans en Afrique de l’Est et même depuis plus de 60 ans en Ouganda. Au total, les insectes seraient des centaines de milliards.

Un impact du réchauffement du climat

Il y a peut-être un lien avec le réchauffement climatique : la reproduction des criquets est accélérée par l’humidité. Dans la région, le nombre de cyclones augmente depuis dix ans. En l’occurrence, cette invasion a été provoquée au départ par des pluies inhabituelles dans la péninsule Arabique. Les criquets ont progressivement migré vers le Yémen puis ils ont traversé la mer d’Oman vers l’Afrique, vers la Somalie.

Là, de nouvelles pluies liées à de nouveaux cyclones ont favorisé l’éclosion de nouvelles larves. Avec un coefficient démultiplicateur hallucinant : la population de criquets peut facilement être multipliée par 100 en l’espace d’un mois. Pour ne rien arranger, la nouvelle saison des pluies se profile en Afrique de l’Est. Le pire est donc à venir. Dernier facteur aggravant : ces invasions se produisent en grande partie dans des pays en guerre, le Yémen au départ, puis la Somalie, aujourd’hui le Soudan du Sud. Ce sont donc des zones difficiles d’accès aussi bien pour les scientifiques que pour les ONG.

Insecticides à haute dose

La solution tient en un mot : insecticide, à très haute dose, avec des campagnes d’épandage de grande ampleur. C’est pour l’essentiel une affaire d’argent, il faut financer ces opérations. L’ONU évalue le besoin à 80 millions de dollars. Mais les pays concernés, pour la plupart, n’en ont pas les moyens. En plus il faut faire vite. Sinon, la destruction des cultures et des récoltes va s’accélérer à vitesse grand V, sur des superficies toujours plus grandes. Avec à la clé la menace d’une énorme crise alimentaire.

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