L'Inde a cherché à dissimuler son taux de chômage

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Tous les jours, dans "Un monde d’avance", un coup de projecteur sur une actualité à l’étranger restée sous les radars. Aujourd’hui, direction l'Inde qui a cherché à dissimuler son taux de chômage.

Vous n’avez sans doute jamais entendu parler d’un problème de chômage en Inde. Et pour cause, jusqu’à présent, le sujet n’existait pas officiellement : à peine plus de 2% de chômage selon les statistiques du gouvernement, publiées de temps à autre. Et puis jeudi 31 janvier, patatras : le Business Standard, un quotidien économique, révèle un rapport du Bureau national des études statistiques, l’équivalent de l’Insee. Verdict : 6% de chômage, trois fois plus que la statistique officielle ! Soit environ 30 millions de personnes sans emploi dans cette Inde gigantesque d’1,4 milliard d’habitants, autrement dit, un niveau de chômage sans précédent depuis 45 ans, depuis que les statistiques existent dans le pays.

Les plus touchés sont les jeunes, à la campagne et plus encore à la ville, où les diplômés ne trouvent pas de travail. D’ailleurs selon un sondage récent, la question de l’emploi est désormais la priorité numéro 1 pour 38% des Indiens. L’économie indienne reste en forte croissance (7%) mais création de richesses ne signifie pas nécessairement création d’emplois, a fortiori d’emplois qualifiés. Et le problème c’est que chaque année, 12 millions d’Indiens arrivent sur le marché du travail. Par exemple, l’an dernier, les chemins de fer, pour recruter 90 000 personnes, ont reçu 25 millions de candidatures.

Le chef des statistiques démissionne

Le pouvoir est soupçonné d’avoir cherché à dissimuler ces chiffres du chômage. Cette fuite dans la presse a déclenché une controverse qui n’a cessé de monter depuis. Et lundi 4 février au soir, le président du Bureau des statistiques a été contraint de démissionner. Le gouvernement nationaliste de Narendra Modi parle de "fake news" pour qualifier ces chiffres et promet de publier sa propre évaluation d’ici quelques jours. Mais le fait est que le pouvoir semble avoir gardé ces statistiques secrètes depuis des mois en essayant d’empêcher leur publication. D’ailleurs, à l’automne dernier, le gouvernement indien avait déjà procédé à une révision du calcul du produit intérieur brut, pour embellir un peu les chiffres. C’est d’autant plus embarrassant pour le Premier ministre Narendra Modi que la création d’emplois avait été, il y a cinq ans, sa principale promesse de campagne.

La polémique lance la campagne électorale

Ça tombe mal, justement parce c’est à nouveau l’heure des élections : elles sont prévues en avril et mai (en Inde, elles durent toujours plusieurs semaines). Ça pourrait donc coûter cher au pouvoir en place, d’autant que le grand parti d’opposition, le Parti du Congrès de la famille Gandhi, est en train de se refaire une santé.

Cela dit, rien n’est joué. Le pouvoir en place conserve un ancrage solide et surtout il vient de faire adopter un budget ultra-démagogique plein de mesures électoralistes, style "on rase gratis" : des aides directes pour 120 millions de paysans et des exonérations fiscales pour les classes moyennes. En tous cas, ce scandale du chômage caché donne vraiment le coup d’envoi de la campagne électorale dans la plus grande démocratie du monde.

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