L'Egypte a passé le cap des 100 millions d'habitants, la surpopulation inquiète le gouvernement

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L'Egypte, pays le plus peuplé du monde arabe, compte désormais 100 millions d'habitants. Une croissance démographique incontrôlable dans une économie fragile : les autorités y voient une menace pour la stabilité du pays.

Le chiffre s'est affiché mardi 11 février sur le compteur électronique de l'Agence égyptienne pour les statistiques : 100 millions. Cent millions d'habitants pour l'Egypte, le plus peuplé des pays arabes - le troisième du continent africain après l'Ethiopie et le Nigéria.

Le taux de fécondité, qui dans les années 80 avait pourtant nettement ralenti - comme dans la plupart des pays arabes - explose : aujourd'hui en Egypte un enfant naît toutes les 18 secondes. Et chaque année la population augmente de quasiment 2 millions d'habitants.

Des habitants qui se concentrent quasi exclusivement sur les rives et dans le delta du Nil, régions parmi les plus denses au monde où s'entassent plus de 1500 habitants au kilomètre / carré et où l'accès à l'eau est un enjeu essentiel.

Des mesures timides contre la surpopulation

En 2017, lors d'une conférence pour les jeunes, le président al-Sissi en avait fait l'une des deux principales menaces pour son pays : il y avait le "terrorisme" et la surpopulation.

Le gouvernement a timidement lancé ces dernières années quelques mesures de limitation des naissances. En réduisant par exemple les aides sociales accordées aux familles nombreuses. En lançant une grande campagne de sensibilisation "Deux, ça suffit", matérialisée par des spots télé mettant en scène une star du cinéma comique dans le rôle d'un père de famille.

Mais ces différentes initiatives n'ont eu aucun impact sur le taux de fécondité. Vendredi dernier, lors d'une réunion du cabinet, le Premier ministre a eu ces mots : "la croissance de la population est le plus grand défi de l'Etat (...), elle affecte la sécurité nationale".

La croissance démographique, une bombe à retardement

Paupérisation de la société, accroissement des tensions sociales : depuis la dévaluation de la monnaie égyptienne, en 2016, les difficultés économiques s'accumulent et la croissance démographique les amplifie. L'inflation, en particulier, a drastiquement diminué le pouvoir d'achat des familles. Le pays a de plus en plus de mal à absorber une telle surpopulation, qui représente pour certains démographes une véritable bombe à retardement.

29 millions de personnes sont en âge de travailler en Egypte, mais beaucoup vivent d'emplois précaires, sans protection sociale. Selon les derniers chiffres de l'agence nationale de statistiques, un habitant sur trois vit sous le seuil de pauvreté.

Les enfants, une assurance-vie sur l’avenir

Dans les milieux défavorisés, les enfants sont souvent considérés comme une assurance-vie, de futures sources de revenus pour les parents; dans les campagnes, les cheikhs expliquent que limiter les naissances c’est "s’opposer à la volonté de Dieu"... Malgré le fait que l'université d'Al-Azhar, la grande institution de l'islam sunnite basée au Caire, considère le planning familial comme "halal", autorisé par l'islam.

L'Egypte aimerait parvenir en 2030 à 2,4 enfants par famille (aujourd'hui 3,5). Mais si aucune politique efficace n'est mise en place, à cette date le pays comptera, selon les Nations Unies, 120 millions d'habitants.

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