Haïti s'enfonce dans la crise

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Ce pays des Caraïbes est en proie à une crise sociale et politique majeure. Le pays est totalement paralysé, et cet événement passe quasiment inaperçu jusqu'à présent.  

La situation en Haïti a en effet du mal à se frayer un chemin jusqu’à la une des médias, peut-être parce que les foyers de tension sociale se sont multipliés ces dernières semaines un peu partout dans le monde : à Hong Kong, au Liban, au Chili, en Equateur, en Algérie, pour n’en citer qu’une poignée. Pourtant la France a des liens profonds avec ce pays de 12 millions d’habitants. Et surtout, Haïti est à l’arrêt complet depuis près d’un mois et demi : commerces au ralenti, routes bloquées par des barricades, écoles fermées sur tout le territoire, palais de justice au chômage technique, etc. Les manifestations contre le président Jovenel Moïse sont en train de devenir quotidiennes : ce mardi 22 octobre, l’épiscopat appelle à une marche de prière dans les rues de la capitale Port-au-Prince, en solidarité avec les manifestants. Lundi, les enseignants et les parents d’élèves défilaient dans les rues. Et dimanche, un immense cortège a bloqué la ville, sous la houlette de plusieurs chanteurs très populaires et de plusieurs chefs religieux, notamment un personnage controversé qui se fait appeler "le prophète Mackenson". Tout ça crée un climat extrêmement volatile et dangereux, et cela profite en grande partie aux gangs qui échappent à tout contrôle.  

Pauvreté extrême et corruption institutionnalisée

Tous les manifestants demandent la démission du Président pour deux raisons. La première est purement économique : deux habitants sur trois vivent sous le seuil de pauvreté, l’inflation atteint 15%, bien davantage encore pour les produits importés. Et début septembre, une goutte d’eau a fait déborder le vase : une pénurie totale de carburant. Problème : le président Moise s’était fait élire il y a trois ans sur la promesse d’une augmentation du pouvoir d’achat ; c’est raté. Parce qu’en plus, et c’est la deuxième raison, le chef de l’Etat est fortement soupçonné de corruption, dans ce qu’on appelle en Haïti le scandale Petro Karibe. En résumé, dans le cadre d’un contrat d’achat de pétrole au rabais auprès du Venezuela, plusieurs entreprises haïtiennes auraient détourné des sommes très importantes. Et certaines d’entre elles auraient des liens directs avec le président. Le scandale dure depuis plus d’un an (on s’en était déjà fait l’écho ici-même). Et que répond le Président ? Rien ou quasiment rien ! Jovenel Moïse se tait. Ses apparitions publiques sont rarissimes.  

La tentation de l'exil vers la Martinique

Il y a au moins un autre élément qui devrait attirer notre regard : cette crise commence à provoquer un nouvel exil des Haïtiens, qui se dirigent notamment vers les Antilles françaises, la Guadeloupe ou la Martinique, où existe déjà une importante communauté haïtienne. De ce point de vue, c’est assez comparable à ce qui se passe dans l’océan Indien : l’afflux de migrants des Comores, vers Mayotte, où se trouve Emmanuel Macron. La communauté internationale, et la France en particulier, serait donc bien inspirée de prêter attention à la situation en Haïti.  

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