En Thaïlande, la scène rap se mobilise contre la junte au pouvoir

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En Thailande, le collectif "Rap contre la dictature" a diffusé un clip sur YouTube qui remporte un énorme succès. Les militaires au pouvoir ont voulu riposter avec une chanson mais le résultat a fait un flop. 

Jusqu'à l'arrivée des militaires il y a quatre ans, le rap en Thaïlande n'était qu'une version aseptisée de son grand frère américain : ni très populaire ni très engagé. Mais il a progressivement accompagné - porté même - un sentiment croissant de frustration de la société thaïlandaise. Car si la junte a été plutôt bien accueillie, soutenue en tout cas par la bourgeoisie de Bangkok, la mise sous cloche de la population, la corruption, et le fait que les militaires s'accrochent au pouvoir ont engendré de plus en plus de contestations et les rappeurs se sont politisés, radicalisés.

Il y a trois semaines, le collectif "Rap contre la dictature" a mis en ligne une chanson contestataire qui est devenue "le" symbole de la contestation, le titre s'appelle voilà ce qu'est mon pays, et comptabilise plus de 34 millions de vues sur Youtube.

Devant la caméra, dix rappeurs viennent à tour de rôle, filmés en noir et blanc, certains à visage découvert, d'autres cachés par un foulard, mais tous dénoncent l'injustice sociale, un gouvernement intouchable, et une police omnipotente. "La Thaïlande, un pays libre ?" interroge l'un d'entre eux. "Ne me dites pas ça, ici même le premier ministre est choisi par l'armée".

Les rappeurs menacés de poursuites

En Thaïlande, critiquer le gouvernement c'est "porter atteinte à la stabilité nationale". Des dizaines de militants sont en prison, des centaines d’autres régulièrement harcelés par les autorités. Dans un pays où - par culture - on évite la critique frontale des élites les actes de dissidence sont extrêmement rares. À la sortie de la vidéo d'ailleurs, les militaires ont menacé leurs auteurs de poursuites. Mais ils ont fini par reculer : des élections sont prévues en février (après avoir été repoussées quatre fois), ce sera le premier scrutin depuis 2014 et les militaires qui espèrent bien être élus - de façon démocratique cette fois - cherchent à redorer leur image.

Les militaires ont de leur côté voulu répliquer avec leur propre clip, Thailand 4.0 "Vois plus loin, la Thaïlande peut aller loin", assènent-ils en décrivant leur pays comme un royaume qui peut aller vers un brillant avenir "si tout le monde s’entend". La contre-attaque a fait flop : sur les réseaux sociaux le titre a suscité moins de louanges que de moqueries !  

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