En Syrie le retour des manifestations contre le régime, neuf ans après

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C'est un événement qui rappelle le début de la contestation dans le pays en 2011 : des rassemblements contre le régime de Bachar Al-Assad.  

Cela se passe à Soueïda, dans le Sud du pays, pas très loin de la Jordanie et d’Israël. À trois reprises depuis dimanche 7 juin, quelques dizaines puis quelques centaines de personnes se sont regroupées pour exprimer leur opposition au pouvoir. Évidemment, ce ne sont que de petits rassemblements pour l’instant, mais le seul fait qu’ils aient lieu en dit long sur l’exaspération de la population, qui brave le danger après neuf ans de répression et d’une guerre qui au total a fait 400 000 morts. Sur plusieurs vidéos relayées par une chaîne locale sur son compte Facebook, on entend distinctement les slogans. Ils sont explicites : "Bachar dégage", "Liberté en Syrie", "Révolution, liberté, justice", "Le peuple veut la chute du régime". Et ce n’est pas un hasard si ces manifestations se déclenchent maintenant : nous sommes 20 ans pile après l’accession au pouvoir de Bachar Al-Assad, succédant alors à son père Hafez. Bref, le clan Assad tient la Syrie depuis maintenant 49 ans. Presque un demi-siècle. 

130% d'inflation

Cette colère est aussi déclenchée par la situation économique: une grande partie de la population syrienne n’a tout simplement plus de quoi manger. Entre les effets de guerre, les sanctions occidentales et l’impact du coronavirus, l’économie est en chute libre. La monnaie nationale, la livre syrienne, plonge. Elle se change au noir 4 fois en dessous du taux officiel. Du coup l’inflation galope. +130% en un an. Le prix des denrées de base, le pain, la farine, s’envole. Et de nombreux commerces sont contraints de fermer. La colère est donc amplifiée par cette dégradation des conditions de vie. Cela ressemble quand même beaucoup à ce qui s’est passé au début du soulèvement syrien, il y a neuf ans, dans la région de Deraa, d’ailleurs très proche de Soueïda. Avec une particularité, un fait sans précédent : Soueïda est une ville druze, cette branche très particulière de l’islam chiite implantée également au Liban et dans le Nord d’Israël. Et les Druzes, jusqu’à présent, ont toujours gardé leurs distances avec la guerre civile dans le pays, en évitant de prendre parti. Ces protestations sont donc un signal d’alerte préoccupant pour le pouvoir de  Bachar Al Assad.    

Le risque de la répression

Évidemment, comme toujours, le président syrien risque fort de privilégier la répression, même si pour l'instant il n'y a pas de violence à déplorer. Le pouvoir s’est contenté d’organiser mercredi 10 juin une contre-manifestation, en menaçant quand même de sanctions les fonctionnaires qui ne viendraient pas dans la rue exprimer leur soutien au régime. Si la contestation devait se poursuivre voire s’amplifier, il est probable que la répression s’installe. Même si Assad est dans une position délicate. Il est empêtré dans un règlement de comptes avec son cousin le très riche Rami Makhlouf. Et il est désormais critiqué à Moscou où Vladimir Poutine semble s’impatienter du peu d’évolution de la situation en Syrie. Il faut donc surveiller de près ce qu’il advient de cet embryon de contestation.  

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