En Serbie, les élections confortent la dérive autoritaire du président Vucic

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Dans ce pays des Balkans, le parti du président nationaliste Aleksandar Vucic a largement remporté dimanche des élections législatives controversées.  

À première vue, le score est sans appel : le SNS, le parti d’Aleksandar Vucic, a obtenu 63% des voix dimanche 21 juin, lors d'élections législatives controversées. Il décroche 191 sièges sur 250 au Parlement. Cela ressemble à un raz-de-marée électoral. Et dans ce pays de 7 millions d’habitants, le plus important des Balkans, le pouvoir de Vucic est donc nettement conforté. Le président devrait pouvoir accroître son emprise autoritaire sur la justice et les médias. Il n’a d’ailleurs pas caché son enthousiasme en déclarant : "Nous avons gagné partout, même là où nous n’avions jamais gagné".

Vucic, qui a 50 ans, est un personnage controversé. Il a quand même été ministre de l’Information de l’ancien dictateur Slobodan Milosevic dans les années 1990, avant d’opérer une conversion libérale et de se tourner vers l’Europe. Sauf que plus les mois passent, plus il concentre tous les pouvoirs entre ses mains. Trois raisons principales expliquent ce succès électoral : le nationalisme plaît à une grande partie de l’électorat serbe, le gouvernement a relativement bien géré l’épidémie de coronavirus (avec "seulement" 250 morts) et puis l’élection n’a pas été totalement transparente. L’opposition dénonce plusieurs irrégularités.  

Un scrutin boycotté par l'opposition

En réalité, seuls les pro-Vucic sont allés voter et c'est donc en fait une victoire relative. Les principaux partis d’opposition, regroupés au sein de l’Alliance pour la Serbie avaient tous appelé au boycott du scrutin. Résultat : le taux de participation ne s’élève qu’à 49%. Et encore on ne parle que du taux officiel, qui est sujet à caution.

Les opposants annoncent déjà une nouvelle mobilisation dans les rues. Il y a un peu plus d’un an en effet, de fin 2018 au printemps 2019, l’opposition avait manifesté tous les week-ends, avec plusieurs rassemblements impressionnants dans les 50 plus grandes villes du pays, notamment la capitale Belgrade. Ils dénonçaient la mainmise du pouvoir sur les médias publics et la corruption des dirigeants. Rétrospectivement, cette mobilisation n’aura donc servi à rien. Le risque, maintenant, après ce scrutin tronqué, c’est que les positions des deux camps se durcissent. Au cœur de l’Europe, ce n’est pas une très bonne nouvelle.  

Entre l'Europe et la Russie

La question clé, c'est celle des alliances de la Serbie, soit avec l’Union européenne, soit avec la Russie. Vucic souhaite faire adhérer la Serbie à l’Union, mais une question majeure bloque : celle de la reconnaissance de l’indépendance du voisin, le petit Kosovo. Le président serbe ne veut pas en entendre parler, l’Europe en fait une question de principe. Du coup, Vucic est tenté de se tourner vers son autre allié, qui lui fait les yeux doux : la Russie de Poutine. Les deux hommes se connaissent bien. Et la Russie investit en Serbie pour contrer, à la fois l’attraction européenne et l’influence turque, bien présente au Kosovo. La Serbie est donc l’un de ces pays charnières de la carte géopolitique en Europe. C’est pour ça que sa régression démocratique est préoccupante.      

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