En Russie, les élections locales sont une épine dans le pied de Vladimir Poutine

D'habitude, la partie est jouée d’avance en faveur de Russie Unie, le parti de Vladimir Poutine. Mais pas cette fois, lors de ces élections régionales et municipales.

Novossibirsk est le symbole de ce match électoral qui pourrait causer des migraines au patron du Kremlin. C’est la troisième ville du pays (1 million et demi d’habitants), et c’est loin, très loin, à plus de 3000 kilomètres de Moscou, à peu près au milieu de cette vaste Russie grande comme 30 fois la France. Pour la première fois sans doute, le résultat des municipales s’y annonce incertain.

Novossibirsk est le dernier endroit où l’opposant emblématique à Poutine, Alexei Navalny, est venu faire campagne, juste avant d’être empoisonné dans les circonstances que l’on sait. Et dans la ville, l’opposition avance structurée, sous la bannière d’une coalition baptisée Novossibirsk 2020. Elle a réussi à présenter des candidats dans 31 des 50 circonscriptions de la ville. C’est considérable dans un pays où presque tout est verrouillé par le pouvoir central.  En face Russie Unie, le parti de Poutine, a fait alliance avec les communistes et l’emportera sans doute malgré tout. Mais il est probable que l’opposition obtienne plusieurs élus, 5, peut-être 10 ou 15 ce qui serait en soi un événement.  

La corruption au centre de la campagne

La campagne s’est concentrée sur le sujet de la corruption, c’est l’angle d’attaque majeur d’une opposition qui ne s’incarne pas vraiment dans un leader. Le moteur, c’est donc de dénoncer la corruption de nombreux élus du parti de Vladimir Poutine, soupçonnés de détourner à leur profit l’argent des marchés publics. La Fondation d’Alexei Navalny a d’ailleurs publié début septembre une enquête qui pointe du doigt les dérives de plusieurs députés et fonctionnaires de Novossibirsk. Et on retrouve ce sujet de la lutte contre la corruption un peu partout dans le pays.

Notamment au fin fond de la Sibérie, à Khabarovsk, en Extrême-Orient, où les manifestations sont incessantes depuis des semaines pour dénoncer l’arrestation d’un gouverneur régional opposé à Poutine. Débat similaire dans deux autres villes, Tomsk et Irkoutsk. Et aussi dans bon nombre des scrutins locaux organisés jusqu’au dimanche 13 septembre : au total 41 régions de Russie sont concernées par le vote, c’est-à-dire une région sur deux. Il s’agit soit d’élections municipales, soit d’élections de gouverneurs. L'autre sujet de la campagne, c’est la situation économique et sociale, comme partout. La crise liée au coronavirus a provoqué une chute de l’activité économique, une baisse du pouvoir d’achat et une érosion de la cote de popularité de Vladimir Poutine.  

Intimidation et répression

Evidemment, Russie Unie, le parti du président, ne se laisse pas faire. Les intimidations vont bon train. À Novossibirsk, le QG de campagne de l’opposition a été attaqué par deux individus cagoulés. Et la coalition Novossibirsk 2020 n’a pas d’accès libre aux panneaux publicitaires de campagne. Mais Russie Unie mise surtout sur l’abstention et à dissuader l’opposition de se mobiliser.  À un an des prochaines élections législatives en Russie, ces scrutins locaux ont donc valeur de test pour le président russe.    

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