En Pologne, les activistes LGBT qui avaient peint les couleurs de l'arc-en-ciel sur une image de la Vierge sont acquittées

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Dans ce pays très divisé sur les questions de société, cette décision de justice est  emblématique : trois femmes activistes de la cause LGBT ont été relaxées. Elles étaient accusées d’offense religieuse.

L'image en question, c’est celle, très célèbre en Pologne, de la Vierge Noire (ou Madone Noire) de Czestochowa. Noire parce que la peinture d’origine s’est obscurcie avec l’usure du temps. Il y a deux ans, trois militantes LGBT, Anna Prus, Elzbieta Podlesna et Joanna Gzyra avaient édité des affiches où la Madone en question se retrouvait auréolée des couleurs de l’arc-en-ciel, symbole de la cause homosexuelle. Elles entendaient protester contre la décision de l’Eglise locale de créer une boîte spécifique LGBT pour recueillir les demandes de pardon des paroissiens.

Seulement voilà, l’article 196 du Code pénal polonais autorise toute poursuite contre un acte susceptible de constituer "une offense au sentiment religieux". C’est ce qui s’est passé. Il y a donc eu procès, et les trois femmes risquaient jusqu’à deux ans de prison. Le tribunal de Plock, dans le centre de la Pologne, a tranché, mardi 2 mars : pour lui, les militantes n’avaient aucune intention de commettre une offense, elles voulaient juste militer pour l’égalité des droits. Donc relaxe. C’est une victoire symbolique importante pour les militants LGBT et les organisations de défense des droits de l’homme.  

Un pays profondément divisé

Sur tous ces sujets de société, ce pays de 38 millions d’habitants est coupé en deux. D’un côté, il y a donc toutes ces associations de défense des droits, l’opposition, les partis de gauche, les grands centres urbains qui sont favorables à une plus grande égalité. Avec l’appui de l’Union Européenne. Ces dernières semaines avant le verdict, l’image de la "Vierge arc-en-ciel" s’était d’ailleurs beaucoup propagée sur les réseaux sociaux, avec le slogan "L'arc-en-ciel n’offense pas". 

>>> Karolina Sobel, une photographe contre le conservatisme en Pologne.

Et puis en face, il y a l’Eglise catholique et le parti au pouvoir, le PiS, très conservateur. Ces questions de société ont été au centre de la dernière élection présidentielle, remportée d’extrême justesse il y a huit mois par le candidat du PiS, Andrzej Duda. Duda est totalement opposé au mariage homosexuel et son parti considère, je cite, que "les LGBT ne sont pas des personnes mais uniquement une idéologie néo-bolchevique" et donc "une menace pour le pays". "Néo-bolchevique", le qualificatif est lourd de sens dans un pays marqué par la dictature communiste.

Dans certains quartiers on a aussi vu apparaître ces derniers mois des affiches "zone LGBT free" (libres de l’idéologie LGBT). Cette attaque en règle se double enfin d’une restriction des droits des femmes, avec la quasi-interdiction de l’avortement adoptée à la fin de l’année dernière.  

Un autre procès en cours

Cette décision de justice est donc loin de mettre un terme à ce bras de fer. Le débat va continuer, y compris en justice. D’abord, il est probable que la décision d’hier aille en appel. Et puis d’autres procès du même acabit sont déjà programmés. Le plus important a débuté le 1er mars à Gdansk. Trois hommes y sont poursuivis pour avoir déboulonné la statue d’un ancien aumônier catholique accusé de pédophilie. Et lors de la première audience, la magistrate qui préside les débats a quasiment refusé de laisser parler les accusés. Cela pose évidemment question sur l’État de droit en Pologne.

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