En Finlande tout le monde connaît les impôts de son voisin

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Chaque année, le 1er novembre, les impôts de tout un chacun sont rendus publics en Finlande. C'est une tradition et aussi un symbole politique.

Imaginez que vous sachiez tout des impôts de votre voisin ou de votre patron ! En Finlande, pays de cinq millions d’habitants entre la Norvège et la Russie, c’est comme ça que ça se passe. Chaque 1er novembre, les impôts de tout un chacun deviennent accessibles à qui veut les consulter. Les Finlandais ont surnommé ça, avec humour, "le jour national de la jalousie".  Donc ce jeudi 1er novembre, toute la journée, de nombreux Finlandais, comme chaque année, sont allés faire la queue devant les centres des impôts, pour consulter ces documents.

Une fortune dans les jeux numériques

Les plus avides sont les journalistes, en particulier ceux de la presse populaire finlandaise qui adorent repérer, parmi les célébrités, qui a fait fortune, et qui a dégringolé. Par exemple cette année, parmi les nouveaux super riches du pays, on trouve les jeunes propriétaires d’une entreprise de jeux numériques, Supercell.   Cette transparence fiscale a débuté en Finlande dès le 19ème siècle, et elle s’est encore accrue à l’ère de l’informatique. Par-dessus le marché, elle est garantie par les lois sur la transparence. Et généralement, à partir du 2 novembre, des patrons voient donc débouler certains salariés dans leur bureau, sur le mode : pourquoi mon collègue est-il mieux payé que moi ?  

Un pays égalitaire

C’est aussi le reflet d’un des pays les plus égalitaires au monde. C’est ce qu’indiquent les études des Nations Unies. La Finlande et ses voisins scandinaves, la Norvège, la Suède, le Danemark, sont d’assez loin les pays où la richesse est la plus équitablement répartie. C’est aussi le pays, avec l’Islande, où les inégalités hommes-femmes sont les plus faibles. Conclusion du Forum économique mondial.  Cela doit beaucoup au système éducatif : toutes les enquêtes internationales montrent que l’école en Finlande, non seulement forme de bons élèves, mais surtout corrige une partie des inégalités sociales. Exactement ce que le système français ne sait pas faire. Mais cette égalité tient aussi à la transparence fiscale, qui limite les dérives : on ne va pas accorder ou s’autoriser une trop grosse augmentation, sinon on sera rattrapé par la patrouille le 1er novembre, tout le monde sera au courant.

Et le bonheur dans tout ça ?

Tout n'est pas parfait pour autant. D’abord, les documents rendus publics ne disent pas tout de la situation personnelle des individus. Je m’explique : par définition, ces documents fiscaux ne prennent pas en compte les revenus non imposables. Et ils sont parfois une source importante de richesse (les dons, la propriété immobilière etc).   Ensuite, malgré cette transparence, les inégalités de revenus tendent malgré tout à s’accroître, en Finlande, comme presque partout ailleurs dans le monde.   Enfin, il y a la grande question du bonheur. Et là, le pays voisin, la Norvège, a mené une étude intéressante, après avoir elle aussi essayé la transparence fiscale il y a quelques années : il en ressortait que cette transparence faisait diminuer la perception du bonheur. En résumé : depuis que je sais que mon voisin gagne plus que moi, je suis moins heureux…    

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