En Australie, la justice réexamine un dossier emblématique de la pédophilie dans l'Eglise

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Alors qu’en France la commission Sauvé vient de lancer un appel à témoins dans le dossier de la pédophilie dans l’Eglise, l’affaire la plus médiatisée sur ce sujet dans le monde revient devant la justice, à Melbourne en Australie : c'est le cas du cardinal Pell.

Cela va se passer devant la Cour d’appel de Melbourne mercredi 5 et jeudi 6 juin : l’affaire Pell, du nom de George Pell, cardinal et archevêque de la ville, ancien numéro 3 du Vatican où il s’occupait notamment des finances de l’institution. Il est âgé de 77 ans et en décembre dernier, il est devenu le plus haut dignitaire de l’Eglise catholique jamais condamné dans une affaire de pédophilie.

6 ans de prison, dont 3 ans et 9 mois ferme, après avoir été reconnu coupable de cinq chefs d’accusation, notamment d’avoir imposé une fellation à un petit garçon, et la masturbation à un autre. Sauf que le cardinal a fait appel, et pour ce faire, il a recruté un ténor du barreau australien, Bret Walker, qui a longtemps défendu l’industrie du tabac.

Il avance trois arguments. 

Deux relèvent de la procédure :

- En première instance, la justice n'a pas demandé formellement au cardinal s'il plaidait coupable ou non coupable.

- On a empêché la défense de diffuser des images de vidéo-surveillance prises dans la cathédrale au moment où les faits se seraient produits.

Le troisième argument relève du fond :

- Les preuves seraient insuffisantes. Elles reposent essentiellement sur le témoignage d'une victime. Pour la défense, cela laisse persister un doute raisonnable qui doit profiter à l'accusé.

C’est un procès ultra-médiatisé. Pendant deux jours, tous les médias australiens vont s’y bousculer et une partie aussi de la presse mondiale, compte tenu de la position hiérarchique occupée par l’accusé dans l’Eglise. On peut d’ailleurs relever que le Vatican, de son côté, a ouvert une enquête interne qui est toujours en cours.

Le cardinal semble vouloir assister aux débats par vidéo conférence, depuis sa cellule. Et la Cour d’appel a décidé de retransmettre l’intégralité des débats en direct vidéo sur son site internet. Les associations de victimes, elles, sont très préoccupées. Elles redoutent que cette nouvelle médiatisation ne rouvre des cicatrices loin d’être refermées.  

Un long parcours judiciaire

Cet appel peut tout à fait aboutir, en particulier parce que la Cour d’appel de Melbourne a déjà relaxé des prévenus dans des affaires de pédophilie relativement similaires, même si elles ne concernaient pas des membres du clergé. Si les arguments de procédure sont retenus, il y aura un nouveau procès. 

Cela peut aller plus loin : si l’argument de fond est retenu (l’insuffisance des preuves), alors la Cour d’appel peut faire relâcher immédiatement le cardinal.  Á Melbourne, les juges d’appel ont tendance à estimer qu’un simple témoignage, a fortiori celui d’un enfant, n’est pas suffisant pour condamner. Mais en cas de relaxe, il est très probable que l’affaire soit portée devant la juridiction suprême australienne : la Haute Cour. Elle, à l’inverse, se place généralement plutôt du côté des victimes. En considérant qu’il faut tout faire pour que la parole se libère dans ces dossiers de pédophilie, les procédures pourraient donc encore durer un certain temps dans ce dossier emblématique du cardinal George Pell.

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