En Argentine, le président met son poids dans la balance pour légaliser enfin l'IVG

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Pendant que la Pologne cherche à restreindre l’avortement, d’autres pays s’engagent dans le mouvement inverse : en Argentine, ce combat de longue date pour l’avortement pourrait enfin aboutir.

Pour la première fois, un président en place s'investit directement sur le sujet de l'avortement en Argentine. Alberto Fernandez, président de centre gauche élu l’an dernier dans ce pays de 45 millions d’habitants, a diffusé ce 17 novembre une vidéo sur son compte Twitter pour l’annoncer : "Je vais tenir ma parole, un projet de loi est déposé pour légaliser l’IVG." C’était en effet une promesse de campagne du candidat Fernandez avant son élection.

Jusqu’à présent, l’avortement n’est autorisé en Argentine que dans les cas de viols ou de danger pour la vie de la mère. Le président, qui arborait pour l’occasion une cravate verte, la couleur des militants pro-avortement, a détaillé le projet : IVG autorisée jusqu’à 14 semaines de grossesse. Il y a aussi le droit, pour les médecins, de pratiquer l’objection de conscience, donc de refuser de pratiquer l’intervention, mais à condition qu’ils orientent alors la femme vers un autre praticien ou une clinique à même de le faire.

Le projet s’accompagne d’un autre texte, baptisé Plan des 1 000 jours. Objectif : garantir l’accès aux soins pendant la grossesse et les deux premières années de vie de l’enfant, afin d’éviter des avortements décidés pour des raisons de pauvreté. Le Parlement sera convoqué fin novembre en session extraordinaire pour discuter de cette légalisation de l’IVG.

Foulards verts contre foulards bleu ciel

Il faut s’attendre à des débats agités, au Parlement, comme dans la rue. C’est la huitième tentative en 13 ans pour légaliser l’IVG en Argentine. Comme les fois précédentes, les deux camps vont certainement se faire face dans la rue. Le pays est très divisé sur le sujet. D’un côté, les pro-avortement, foulards verts autour du cou. Ils dénoncent le nombre considérable d’avortements clandestins liés à la criminalisation de l’IVG (entre 370 000 et 520 000 par an) et un nombre inouï de grossesses de très jeunes adolescentes. On compte un accouchement de fillette âgée de 10 à 14 ans toutes les trois heures dans le pays.

Plusieurs histoires sordides ont d’ailleurs fait la une, comme celle de Lucia, 11 ans, violée par le compagnon de sa grand-mère il y a deux ans dans le nord du pays. En face, les "pro-vie", comme ils se présentent, foulards bleu ciel, vont aussi descendre dans la rue avec l’appui des Églises, catholique et évangélique, qui de longue date en Argentine, font campagne contre l’avortement. La Conférence des évêques catholiques vient d’ailleurs de qualifier ce projet de loi d’"inopportun" dans le contexte de santé publique lié à l’épidémie de Covid. Précisons que l’IVG n’est légalisée que dans un nombre très restreint de pays latino-américains : Cuba, l’Uruguay et le Guyana.

Sept voix d'écart en 2018

Lors du dernier vote sur le sujet en Argentine, il y a deux ans, l’issue avait été très serrée. C’était à l’été 2018. Les militants pro-avortement avaient cru l’emporter, après un vote favorable de la Chambre des députés. Mais le Sénat, plus conservateur, avait rejeté le texte à la dernière minute, par sept voix d’écart. Cette fois-ci, le mouvement pro-avortement, sous la bannière #AbortoLegalYa ("l’avortement légal, maintenant") espère enfin obtenir gain de cause, vu que le président de la République met donc son poids dans la balance.

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